mardi 26 juin 2012

EDITO. LES PÉDÉS SOUS LA TYRANNIE DE LA MAJORITE.


En consultant le sommaire du dernier numéro de Respect Magazine consacré – en partie – aux homos dans les quartiers, je me suis imaginé faire un coming-out auprès de mon entourage.

Mon père grognera : « J’ai toujours eu un sixième sens à ce sujet ! Quel genre de camerounais n’aime pas le foot ? ». Ma mère accusera le coup puis, dépassée, me demandera : « on va alors faire comment ? Tu es même sûr ? ». Mes sœurs elles, hurleront « tu blagues ou quoi ?! », l’une d’entre elles affirmera sûrement « il ment ! » et mon frère se contentera de rétorquer, d’un air détaché : « mouf ! ». Les tantines s’empresseront de recommander à ma mère un guérisseur réputé dans le fin fond du Nord-Cameroun. Les tontons ne voudront plus jamais entendre parler de moi et la grand-mère fera un malaise cardiaque après avoir crié « A Nti Zamba (Seigneur Dieu) ! ».Les potes quant eux, resteront d’abord bouchée bée, le temps de se rappeler si jamais nous nous sommes déjà retrouvés à poil dans la même pièce. Puis, au pire ils déguerpiront, au mieux ils me demanderont : « tu fais l’homme ou bien la femme ? ».

Mon deuxième prénom deviendra Abomination. Certains croyants se travestiront comme à l’accoutumée – chacun – en un Dieu intérimaire, et me condamneront en brandissant ces écrits qu’ils savent si bien lire au premier degré, selon que ça les arrange ou non. Des têtes bien pensantes érigeront la pédérastie en véritablement achoppement pour la survie de l’espèce humaine…Car c’est vrai que (se faire) tailler une pipe, porter un préservatif ou tout simplement prendre son pied au pieux – à notre époque – contribue à la reproduction. D’autres postuleront une société juste et morale pour faire passer pour normatif le jugement de valeur appréciatif de la majorité. Les faits seront ainsi dressés en valeurs et ce, en dépit du fait que ce carcan nécessaire qu’est la norme – et qui diabolisa jadis les gauchers – soit un concept mouvant.

Dans mon Cameroun natal où la nouvelle aura vite fait de parvenir, les proches plaideront en faveur de mon lynchage. L’homophobie – accentuée par ce qu’on appelle « promotion canapé » (*) – y est employée aussi bien par la presse que les autorités politiques et religieuses pour soustraire le peuple des véritables préoccupations. « Il existe un nombre incalculable d'individus qui se croient sincèrement débarrassés de tous préjugés et qui affirment ne se courber devant aucun dogme et qui, cependant, sont les esclaves d'idées rétrogrades qu'ils se refusent à soumettre à l'analyse et qu'ils soutiennent comme des vérités intangibles et immuables ». Ainsi, des espèces d’érudits – en proie au danger de la tradition, de la religion et de ses dogmes – définissent l’homosexualité comme extrinsèque aux sociétés Africaines avec un dogmatisme qui ne diffère en rien de celui qu’usèrent autrefois ( ?) des sages pour nier tout plaisir sexuel à la femme et donc la mutiler. Et, comme en plus la sodomie serait un acte tellement fantaisiste et peut engageant qu’il suffit de voir chez blanc pour mimer, l’on en fera une tare manufacturée et importée d’Occident sur les Terre Africaines.

Bref, je me suis imaginé faire un coming-out et j'ai réalisé. Si malgré des siècles d’oppression des individus persistent dans leur homosexualité ; si en dépit de la stigmatisation, ils se sentent normaux et ne voient pas en quoi réside le problème ; si à la pression sociale, des « pédés » préfèrent la mort – via le suicide –, alors c’est sûrement parce qu’ils ne l’ont pas choisi comme d’autres choisissent de ne pas avoir d’enfants.

(*) coucher avec ses supérieurs pour obtenir une promotion