dimanche 6 mai 2012

Un soir, je me suis fâché.


                  Pour le peu que je m’en souvienne, la seule fois où je relatai un cas de racisme à mon égard  sur la toile, ce fut ce soir où je débarquai à moitié ivre sur TWITTER et que je me confiai ouvertement. (Avec du recul j’ai un peu honte). Ce n’était pas la première fois que j’avais l’impression d’avoir vécu du racisme mais, c’était la première où je ne fis de place à aucun doute. Il faut dire qu’en France, le racisme est plutôt bien ficelé. Tout est fait pour que vous soyez celui qui prononce le mot « racisme » ou « raciste » en premier ; et là, on vous tombe littéralement dessus. Vous êtes alors accusé de jouer la carte de la victimisation, on vous explique qu’il existe également des cas récurrents de racisme anti-blanc et, certains ont même le culot – oui, je dis bien le culot – de se plaindre qu’aujourd’hui, on n’ait plus le droit de dire quoique ce soit sans être taxé de raciste. C’est puéril, saupoudré de mauvaise foi, ça n’avance à rien et au final, tout le monde en ressort frustré. D'ailleurs dans un autre registre, j'ai toujours été intrigué par le fait qu'il suffise qu'un bambin somnole en cours pour alerter les assistantes sociales, mais qu'on ne se préoccupe pas assez de l'impact du racisme sur des enfantsPour revenir à mon cas, j’eus bien à plusieurs reprises des soupçons de racisme structurel lorsque je recherchai mon premier logement à Grenoble, mais ça ne m’affecta pas, du moins pas assez pour que je m'y attarde. Ce fameux soir fut pour moi l’occasion de traiter ouvertement des individus de « racistes » pour la première fois.

                      A l’époque, je m’étais accommodé – contre mon gré – de devoir toujours, différemment des autres, justifier de mon statut d’étudiant devant les discothèques. Des fois, ce n’était pas suffisant et il fallait aussi sortir mes papiers d’identité. Mais ce soir-là, l’entrée me fut refusée pour une toute autre raison : j’avais été aperçu quelques pas plus loin en train de vider une bouteille de rosé. Et c’était vrai, mais inattendu comme motif. Je suis toujours partant pour les beuveries étudiantes, mais je n’en suis pas encore à boire tout seul dans la rue comme un clochard. En l’occurrence, mes collègues qui n’avaient alors – eux – eu aucun mal à entrer, s’étaient pourtant livrés au même exercice que moi puisque nous étions tous ensemble. Mais rien n’y faisait, d’après les gorilles, je devais disposer. Souvent, dans ce genre de situation, tout le monde est plus moins conscient de ce qui est en train de produire mais, l’état d’esprit gai dans lequel on est nous emmène à privilégier notre soirée et à ne pas la gâcher. Je sus donc que malgré la longue file d’attente, mes camarades étant déjà à l’intérieur, j’étais seul au monde et que ma soirée allait vraisemblablement prendre fin à ce moment. Mais, il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme qui n’a plus rien à perdre. Je me rendis soudain compte que le bar se situait au rez-de-chaussée d’un immeuble habité, lui-même entouré d’autres immeubles. Nous étions peut-être en début de soirée mais, c’était la fin de la journée pour les riverains qui avaient commencé à dormir. 

              Je savais que dès la moindre tentative de résistance, je me ferai charger comme un torero par ces taureaux. Ils étaient tous les trois très musclés et tellement carrés qu’on aurait dit des congélateurs sur pattes. L’un d’entre eux avait l’air d’être maghrébin. En tout cas, il était suffisamment typé pour que je me dise d’emblée qu’il ne pouvait s’agir de racisme de sa part. Mais la tradition veut que la République emploie souvent les immigrés pour faire le sale boulot.
                   Je reculai lentement en arrière et en l’instant de quelques secondes, je me retrouvai en train de hurler de toutes forces « vous n’êtes que des sales racistes ! », sous toutes ses formes et coutures. Les gorilles qui pensaient en avoir fini avec moi sursautèrent. « Tu vas la fermer et dégager sinon je vais te faire très mal », s’exclama l’un d’entre eux. « C’est toi qui va la fermer ta gueule, merdeux! », rétorquai-je ! Je m’étais préparé à la suite des évènements. A peine avais-je fini cette invective que la bête s’élança dans ma direction avec un démarrage catastrophique. Je mis quant à moi mes deux années d’athlétisme à contribution. Après un départ des plus réussis, je lui mis immédiatement quelques mètres d’avance ; à bonne dose, le rosé donne des ailes hein. Comprenant que c’était peine perdue, l’ignare s’arrêta et rebroussa chemin…Et je l’imitai. Je revins sur mes pas en me lançant de nouveau dans des joutes verbales de plus virulentes « Bouffon va, t’es payé comme une merde pour faire le sale boulot ! » (…) « Même pas fichu de trouver une excuse plausible, imbécile ! ». L’énervement atteignait son comble chez les vigiles. Quelques fenêtres commencèrent à s’illuminer et des ombres apparaissaient timidement. La file d’attente s’impatientait mais le malaise que j’instaurais faisait la loi. L’énergumène s’élança une nouvelle fois dans ma direction, cette fois-ci avec la ferme intention de me régler mon compte. Le Cancre ! Il n’avait toujours rien compris. Dans une course de vitesse, tout se joue dans les premiers mètres ! Il faut soigner ses appuis, puis allonger progressivement ses foulées et maintenir son allure. Boosté par les fenêtres qui continuaient de s'illuminer en chaîne, la distance que je lui infligeai fut légendaire. Lorsque je me retournai, la majorité des fenêtres était illuminée. Les ombres s’étaient affirmées et étaient devenues de vraies têtes mécontentes qui avaient suivi la dernière partie. Je crus même entendre des pleurs d’enfants.  Bien sûr, c'était le fait qu'on ait interrompu leur sommeil qui les mettait hors d'eux. Mais c’était suffisant pour moi. L'enfant de sa mère que je suis prit ses jambes et rentra chez lui tranquillement. Je savais qu’au moins l’un des riverains se plaindrait du vacarme que causait le bar dans le quartier plus tard. Ca ne servirait peut-être pas ma cause mais, le fait de contribuer à porter préjudice au bar constituait une victoire pour moi.

8 commentaires:

  1. Aie aie aie, je n'ai jamais autant ri

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  2. Et qu'est-ce qui te fait dire que parce que c'était un arabe, ça ne "pouvait pas être du racisme" ?? Genre les arabes nous portent dans leur coeur mdr !

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. mdrrrr je te jure MELWENN les 6 ans de ma soeur au maroc m'ont fait comprendre que le noir est le mboutoucou de tout le monde

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  5. Mdrrrr !! Cet article est tellement drôle !!! Je suis en cours, je rigole toute seule. Ahah.

    Victorine.

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  6. Salut, je voulais réagir à ton article que j'ai trouvé très interessant certes mais ou tu exprimes une vision des choses avec laquelle je ne suis pas d'accord.

    Il est vrai qu'en France, le racisme est bien caché, ficelé. Cependant, quand tu dis que certains ont le culot de dire qu'on ne peut plus rien dire sans etre taxé de raciste, je ne suis pas d'accord car il est vrai que certains noirs ont souvent tendance à interpréter et donc chercher le conflit là ou il n'y en a pas. Reconnaissons le.
    Certains font beaucoup dans la victimisation, comme s'il fallait toujours placer le blanc dans le statut du méchant raciste, et le pauvre gentil petit noir, qui continue de subir.
    Je ne trouve donc pas que certains aient du "culot" de le faire remarquer;

    Cependant, il existe des personnes c'est vrai qui tentent de dissimuler leurs propos. C'est là que se trouve le vice, l'acte puéril et la mauvaise foi.

    D'autre part, le fait que tu dises qu'un individu, plus ou moins typé, ou d'origine maghrébine ne peut d'emblée émettre de pensées ou d'actes racistes envers les noirs me fait penser au tableau des pauvres immigrés, noirs et arabes subissant l'assaut du méchant homme blanc(je précise homme, car en général vous hommes, paradoxalement appréciez bien leurs femmes) alors qu'il y a autant d'arabes que de blancs qui méprisent les noirs. Mais là aussi tout est bien ficelé... Ou pas.

    Voilà tu vas certainement me trouver hors sujet, et je ne cherche aucunement à critiquer ton article ni ta pensée, juste à donner mon opinion.

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    1. Salut Laura,

      Merci pour ton commentaire. Je suis d'accord avec toi sur le fait que certains jouent beaucoup dans la victimisation, beaucoup même! Seulement, ce n'est pas toujours la victimisation qu'on dénonce. Dans TOUTES les polémiques racistes et faits divers, et ce même quand il y a manifestement du racisme, les réactions préfèrent accorder le bénéfice au doute, faire appelle à la liberté d'expression, ou évoquer le racisme anti-blanc. Lorsqu'il y a victimisation, c'est flagrant, et moi même je le dénonce. Mais prétexter cette victimisation à toutes les sauces devient culotté, surtout qu'on ne peut pas dire qu'on nous ait déjà accordé plus de crédibilité dans le temps et qu'on en a abusé...

      Ensuite concernant l'individu de type maghrébin, justement, je tiens ton propos. Ma phrase veut implicitement dire: on a tendance à croire que parce qu'il s'agit d'un arabe, il est moins raciste alors que ça ne veut strictement rien dire, et que souvent, c'est même pire.

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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