mardi 7 février 2012

Nique sa mère !


                  Une fois de trop, mon blédard de petit cousin – bientôt « pur black de France » vu son jeune âge – m’a tagué, via Facebook, sur ses foutaises. Vexé, j’ai promis de lui masser le crâne à coups de baffles la prochaine fois que cela se reproduit et surtout, la prochaine fois que je le reprends à poser torse nu, entouré de je ne sais quels saligauds – chicha dans les mains et attitude de gangster prématuré de sous-quartiers. Bon, dans les faits, je suis certain que depuis tout ce temps, en plus d’avoir troqué sa voix de gosse pour une voix de crapaud, il m’a probablement rattrapé physiquement. Mais « chez nous », le respect des aînés est aussi important que la liberté d’expression en France: les aînés ont toujours raison (même si c'est un point qui nécessite une véritable remise en question  « en famille » ) et puis c’est tout. Hors de question qu’il finisse comme ces jeunes qui errent dans les centres commerciaux à la recherche d’un concours de logobi en commettant les quatre cents coups.

                 Lorsqu’on entend parler de ces individus issus de l’immigration qui, en plus d’être en échec scolaire, agissent en délinquants et se livrent à des bastons à coups de béquilles pour défendre leurs quartiers, on a tendance à remettre en cause l’éducation des parents et acculer ceux-ci. Or, si ces derniers y ont leur part de responsabilité, il est un facteur qu’il faille également considérer, à savoir, la cohabitation conflictuelle qui peut avoir lieu entre les deux cultures et en particulier, entre l’éducation parentale et celle prodiguée par l'école et la société. Ainsi par exemple, chez moi, un jeune qui soutient le regard d’un adulte qui le réprimande sera perçu comme irrespectueux, alors que s’il ne le fait pas face à un professeur, on attribuera ça à un je-m’en-foutisme insolent. Plus radical, alors qu’au pays certains professeurs – avec l’approbation des parents – n’hésitent pas infliger des corrections corporelles aux élèves, en France, au mieux on vous menace « d’écrire un mot dans votre carnet de correspondance », au pire on le fait. D'autre part, en plus d'évoluer dans un environnement où non seulement les différentes cultures subsahariennes se brassent, il y a le contact avec nos « cousins » africains du Nord qui – disons-le – vont pour beaucoup nous conforter dans l’idée que « les blancs sont racistes ». Certains vont même implicitement, spontanément – et peut-être inconsciemment – nous faire comprendre que si eux, ne passent pas, nous, les noirs, avons encore moins de chances de passer. Cette hiérarchisation du racisme (pour ne pas dire « des races ») à laquelle souscrivent plusieurs d’entre nous sans le percevoir ainsi, va – avec d’autres variables – intervenir dans la formation du célèbre duo de la République Française « Mohammed et Mamadou ». S’ensuit  alors une relation de « je t’aime, moi non plus » fondées sur des tabous et  « non-dits » qu’on évite d’aborder en se focalisant « contre la France blanche ». Tout ceci aboutit à ce qu'aux problèmes banals de l’adolescence, vont s’ajouter d’autres facteurs que ne connaîtront que ces jeunes français blancs qui évoluent dans ces milieux ou du moins les côtoient (nda: sous-entendu plus que d'autres).

                  En ce qui me concerne, la période du collège – bien qu'étant celle où j’ai de loin excellé sur le plan scolaire – reste la plus désagréable depuis mon arrivée en France tant je fus tout de suite marginalisé. En effet, une fois qu’on s'en est rendu compte que je n’étais ni un « enfant soldat » comme le prétendait la rumeur à mon arrivée, ni doué en Football comme le veut le cliché sur les noirs et, qu’en plus je collectionnais les félicitations des professeurs, je suis vite devenu celui avec qui on ne sympathise que pour les devoirs maisons. Et la panoplie lunette plus appareil dentaire – que je pensais aussi tendance que les GRILLZ des rappeurs à l’époque où j’ai accepté d'en mettre – n’était pas pour m’arranger. Fort heureusement, je venais tout droit d’un internat camerounais où les conditions de vie atroces m'ont permis de développer un instinct de survie et une sagesse qui m'ont préservé du suivisme.  De ce fait, je n’ai jamais eu à porter des « TN », « Air max » ou un survêtement « Sergio tacchini » pour m’intégrer à des groupes de pairs et ma vie sociale s'en est vue bien amochée. En outre, j’avais beau trouver que les professeurs avaient autant de charisme qu’un hérisson en leggins, l’idée de demander – même de la manière la plus respectueuse qu’il soit – à un professeur au travers de ma vue de se pousser pour que je puisse voir le tableau m’était inimaginable, en raison de la perception que j’avais de l’autorité.  C’est aussi durant cette période que, sous les moqueries des « black de France », j’ai appris ce qu’était un « blédard » en distinction d’eux. Quant à mon premier et seul différent, il a eu lieu alors que j’ai tout bonnement « cravaté » un camarade d’origine cambodgienne qui me narguait sur mon accent devant toute la classe.
             Ma mère, ancienne assistante sociale (au Cameroun) qui suivait l’évolution des choses de très près, n’en a pas eu recours mais savait pertinemment ce qu’elle aurait eu à faire au cas où : me retirer pour me mettre dans l’enseignement privé comme elle le fera pour mon frère, qui aurait été beaucoup laxiste face aux mêmes moqueries et provocations.

             Voilà où se limite le champ d’action des parents : s’assurer que leurs enfants évoluent dans un environnement où leur caractère respectif va leur permettre de s’épanouir ou dans mon cas, de ne pas se perdre. En revanche, ce qu’ils ne peuvent pas prévoir, c'est que nous développions une capacité d'adaptation/double personnalité de sorte qu’une fois le pas de la porte franchi pour rentrer, nous soyons aussi bien à mesure de ranger l’accent d’intégration de côté que de nous comporter en gentils petits enfants fidèles aux traditions et à l’éducation parentale. C’est sans doute pour cela que lorsqu’on entend parler de ces individus issus de l’immigration qui, en plus d’être en échec scolaire, agissent en délinquants et se livrent à des bastons à coups de béquilles pour défendre leur quartier, les parents sont souvent les derniers au courant.

4 commentaires:

  1. Hum, je ne suis pas trop d'accord avec le dernier §. J'habite dans un de ces quartiers où beaucoup de jeunes sont des délinquants. Leurs parents sont parfaitement au courant. Quand un jeune fout la merde, très vite, tout le monde le sait. L'information circule entre jeunes, puis entre parents, pour arriver jusqu'aux oreilles du parent du délinquant.

    Et pour le côté double personnalité, les premiers à le développer ce sont les parents justement. Ils n'ont pas la même attitude devant leurs enfants et seuls, donc si ils sont les premiers à envisager ce comportement.

    Après il y a certains parents qui sont complices et proches de leur progéniture, qui la connaissent, et d'autres non, mais ce n'est pas leur position de parent (blédard) qui joue, juste leur personnalité.

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  2. J'aime bien ces petites phrases rigolotes et pleines de sens. Continuez!

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  3. Cette phrase m a bien fait rire “Les conditions de vie atroces m'ont permis de développer un instinct de survie et une sagesse qui m'ont préservé du suivisme.” bonne continuation ! C'etais un article très intéressant !

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  4. A chaque passage sur ce blog, je ne suis jamais déçu. Cet article était très intéressant, je me suis reconnu dans certain passages.
    Bonne continuation!

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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