mercredi 18 janvier 2012

I want to date you.


                    Sommes-nous vraiment indifférents à la coquetterie des femmes comme l’opinion publique le prétend ? Bien sûr que non. Peut-être qu’on se sentira toujours le moins du monde concerné par la ton de la mèche « pony » que vous allez choisir mais, le résultat influencera inconsciemment la perception qu’on aura de vous. Je regardais le clip « party » dans lequel apparaît Solange Knowles lorsque, perturbé par son petit short en jean, je me suis pourtant retrouvé dans l’incapacité totale de lui accoler le mot « bonasse ». C’était comme si ma mère me guettait au loin, prêt à m’assener une gifle si j’osais lui donner ce qualificatif qui ne lui sciait pas : autocensure. Pourtant, je n’ai jamais eu aucun mal à éprouver des pensées salaces à l'égard de son aînée, Beyonce ou encore de Rihanna. Oui, « bonasse » évoque le caractère « d’objet sexuel » mais, il faut dire que ces dernières années, les vidéos de certaines artistes tendent plus à attiser le désir sexuel plus qu’à nous séduire. En regardant par exemple Rihanna dans son dernier clip « You Da one », on a plus envie de la « pougnou pougnou » sur place sans passer par la case restaurant plus qu’autre chose.  Par ailleurs et paradoxalement, la personne de Beyonce Knowles a beau avoir toujours fait office de femme modèle (qui ne commet pas de frasques, ne montre pas sa petite culotte en descendant de la voiture, etc.), je n’ai jamais éprouvé la moindre appréhension à dire qu’elle était « bonne ». Ceci notamment parce que c’est un aspect sur lequel elle joue énormément en tant qu’artiste. Quant à Solange, il y a encore peu, c’était d'abord la petite sœur de Beyonce, « celle qui a encaissé un but en début de match » (ndlr : celle qui est tombée enceinte « jeune ») et qu’on aperçoit brièvement, ventre ballonné, dans le clip « soldiers ».
                Puis, à force de côtoyer une blogosphère féminine noire qui parle régulièrement de mode et coiffure, je l’ai vue se faire ériger en véritable icône de mode et nappy, contraction de « natural and happy », en référence aux femmes qui proscrivent l’emploi de tout produit chimique sur leur chevelure. Nul doute que ce dernier point va avoir une influence considérable sur la perception que j’aurais de la chanteuse et DJ.

                    En effet, jusqu’ici, nous connaissions surtout les femmes « naturellement superficielles », antithèse qu’il convient d’intégrer à notre vocabulaire tant la majeure partie des femmes arbore des extensions capillaires trois cent soixante jours dans l’année et se considèrent comme naturelles dès le moment où elles ôtent leur maquillage. Celles-ci obéissent non pas à des critères occidentaux (*) mais à des standards développés par des sociétés africaines et afro-descendantes où, déconcentrées, les femmes ont certes fait perdurer un savoir-faire mais, ne se sont véritablement jamais transmises le PLAISIR de prendre soin de leur chevelure, à part pour des causes militantes comme avec le mouvement « black is beautiful ». Ainsi, c’est la femme naturellement superficielle qui est majoritairement représentée dans les médias; c'est également celle que nous avions eu l’habitude de voir et draguer. Incarnée par des modèles comme Beyonce, elle a appris à user des artifices pour se mettre en valeur. Certaines paraîtront trop sophistiquées à l’instar d’une Naomie Campbell sur qui on a l’impression déchiffrer : »mon frère, si tu ne peux pas m’offrir ma brésilienne, trace ta route » mais ça relève de la personnalité de chacune.

                   Or depuis peu, on voit réapparaître un nouveau spécimen : la néo-nappy. Même le gente féminine n’arrive pas à s’accorder pour la définir. Et pour cause, si beaucoup ont toujours été nappy, pour les néo-nappy en revanche « c’est un retour au naturel ». Et c'est parmi ces dernières que certaines vont mêler combat idéologique et critères esthétiques. On sort les gros mots : aliénation. Pour la paire de couille que je suis, tout devient confus et quelques appréhensions à propos de la « néo-nappy » naissent. Serait-elle comme je le disais déjà à l'époque une espèce « d’écolos du cheveu » ? Va-t-elle me faire réciter mes classiques – de Patrick Lumumba à Martin Luther King – au premier dîner ? Nous disputerions-nous lorsque je refuserai d’aller jeter mon parfum Guerlain, chèrement acquis, devant les magasins de l’enseigne ? Oh oui, je mélange tout mais autant être vrai : certaines par leurs propos m’évoquent un peu ces jeunes hippies qui se baladent en monocycle en chantonnant du Trio ou du roots. Et les petits pique-niques organisés sur les pelouses ne sont pas pour me rassurer. Pour autant, dans toute cette déferlante autour du cheveu, certaines nappy et néo-nappy suscitent mon admiration : celles qui se contentent d’être coquettes sans faire toute une histoire ou expliquer le pourquoi du comment. Le phénomène nappy à cela de particulier qu’il me permet d’apprécier la beauté singulière d’une femme. Car selon moi, la beauté standard attire mais c’est la beauté singulière qui plaît. Je ne dis pas qu’on ne peut-être singulièrement belle avec des artifices, ce serait absurde. En revanche, face à une Cassie – à qui je déclarais ma flamme dernièrement – et une Solange Knowles – force est de constater qu’en ce qui me concerne, aux premiers abords, ma perception sera respectivement dictée par « les couilles » pour l’une et par le « cœur » pour l’autre.


(*) Rassurez-vous, en Afrique, dans certains pays les femmes adorent les extensions capillaires mais n'hésitent pas infliger du cube magie à leur postérieur pour respecter les canons de beauté plébiscités par les hommes africains.

5 commentaires:

  1. whaou ! très bon article, bien structuré. je suis une nappy depuis maintenant un an, et je constate que mon regard est similaire à ce que tu as décrit dans cet article.

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  2. LOL, j'aime cet article !

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  3. Merci pour cet article, qui permet de voir ce que la gent masculine pense de tous ces débats interminables sur le cheveu afro.

    De l'extérieur, les débats peuvent paraître sectaires...et ça déchaîne vraiment les passions.

    J'aime beaucoup ton article, et je partage ton point de vue: la beauté standard attire mais la c'est la beauté singulière qui plait...

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  4. « celle qui a encaissé un but en début de match » >>>LOOOOOL

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  5. J'avoue que c'est encore un peu compliqué de définir une nappy. moi meme j'en suis une depuis peu. par rapport à ce que tuas dis Solange, le fait de moins la traiter de bonnasse vient peut-être du fait qu'elle a l'air plus simple.

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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