jeudi 15 décembre 2011

Leave Fatou alone


J’avais décidé de ne pas m’exprimer sur la vidéo intitulée « Fatou et l’auto-racisme » mais…Et puis merde !

Ce speech de quatorze minutes mal agencées m’aura au moins appris deux choses : d’une que « Fatou » est la déclinaison subsaharienne de « Fatima », la fille du prophète ; et de deux que désormais, on ne dit plus « Fatou fâchée », « Fatou flinguée » mais tout simplement « Fatou » pour désigner (insulter) un « genre particulier de filles» (accessoirement noire), d’où la colère de ces jeunes filles ; ce que je comprends tout à fait. D’ailleurs, je me suis souvent fait prendre à partie pour mon article sur les « niafous » devenu une référence alors même qu'à aucun moment, je n’y emploie le prénom « Fatou ». Et si mon photomontage fait quant à lui office d’image de profil pour des groupes/pages contre les « Fatou », je me lave les mains de toute responsabilité.
               Maintenant, cette vidéo – qui partait d’une bonne intention – aurait pu se contenter de rappeler la véritable signification du prénom « Fatou » en évoquant comment certains sans s’en rendre compte, commettent un blasphème (idem qu'avec « Marie-couche-toi-là »). Elle aurait aussi pu se contenter de dénoncer l’assimilation entre « niafou », nom commun et « Fatou », prénom porté par bon nombre d'Afrique de l'Ouest qui se voient ainsi jetées en pâture... Mais il a fallu qu’elles extrapolent. Et elles ont tellement extrapolé que si la vidéo fait autant parler d’elle, c’est qu’elle veut tout dire et ne rien dire à la fois. C’est un cocktail  souvent incohérent dont le seul intérêt réside dans le fait qu’il fasse un mix -contre-productif - de tous les sujets dont les « noirs » sont frileux : colonisation, aliénation, communautarisme, racisme, Histoire, image de la Femme Noire, etc. D’où le fait que beaucoup y voient « de bonnes paroles sur lesquelles méditer ». Oui, il y a des propos qui, pris à part, sont sensés et soulèvent le débat mais, le tout mis ensemble est un véritable casse-tête dans lequel chacun pioche ce qu’il veut entendre. 

 J’en profite aussi pour régler mes comptes : lorsque je critique et me moque ouvertement des « niafous », ce n’est pas – comme j’ai pu le lire – parce que je considère qu’elles dévalorisent la femme noire« nous » font honte ou qu’elles me gênent. Non. C'est simplement parce qu’elles me font rire, me foutent la trouille pour certaines et que j’ai vraiment eu à zouker avec une go dont la chevelure en plastique sentait tel un corbeau en voie de décomposition. Alors à ces femmes noires qui se sentent diminuées chaque fois qu’on parle de « niafous » : EXCUSEZ-NOUS si chaque fois qu’on entend le mot « femme », on a d’abord l’image d’une femme noire en tête, en tant que reflet des femmes avec qui nous avons grandi. Le terme « niafou » ne se définit pas comme la « femme noire vulgaire, qui ne prend pas soin d’elle et se maquille dans l’obscurité » (*). Non. Il se définit comme « la femme vulgaire, qui ne prend pas soin d’elle et se maquille dans l’obscurité » au sens afro.  Mais c’est un qualificatif qui se décline aussi bien que la poupée Barbie. La question n'est plus de remettre en cause le caractère irrespectueux (et surtout humoristique me concernant) de celui-ci. Il est commun à toutes les sociétés/communautés de générer dans leur langage des mots péjoratifs pour qualifier certaines attitudes/comportement/ personnes. Ainsi, un "beauf" - pour un  camerounais -  ne sera ni plus ni moins le nom qu'un français/blanc donne à  un autre français/blanc qu'il considèrent comme "vulgaire, inculte et borné"
c'est assez limité et réducteur de qualifier « d’autodérision » voire « d’autodénigrement » le fait pour un noir de qualifier de « niafous » certaines filles noires pour la simple et unique raison « qu’il est noir ». C’est une attitude qui tend à nous enfermer dans notre couleur de peau et qui paradoxalement, suit le raisonnement que ceux qui l'adoptent dénoncent
 Lorsqu’on fait l’éloge du « bobaraba », des « formes généreuses » et tout ce qui attrait aux canons de beauté plébiscités par les cultures africaines et afro-descendantes, personnes ne semble soucie du fait que cela puisse complexer les autres femmes (cf. des autres groupes ethniques). Mais lorsque dans le même état d’âme – c'est-à-dire toujours en n’ayant rien à foutre des femmes des autres groupes ethniques – on a le malheur de dire ô grand dame que telle femme manque de civisme et est particulièrement vulgaire, on nous accuse, sous prétexte qu'elle soit noire de « dénigrer nos sœurs ». Finalement, ce qu’on semble nous reprocher, à nous hommes noirs, c’est de ne voir – quelques soient les circonstances – que la femme noire.Maintenant, que vous manquiez de civisme et que vous fêtiez Holloween 365 jours dans l'année m'importe autant que le dernier Jean Levis pour un guerrier Himba. 

Quant au propos selon lequel cela permettrait aux « non-noirs » de ne pas nous respecter, il suscite chez moi ce sentiment selon lequel certains auraient adopté une attitude nombriliste qui leur fait croire que l’Homme Noir est le centre du monde et qui les empêche de constater que les autres – y compris les « blancs » – s’en contrecarrent des « noirs » et n’en sont plus aujourd'hui à constamment vouloir actualiser les clichés hérités de la colonisation qui subsistent



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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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