lundi 31 octobre 2011

La revue Marketing de l'entrepreneur noir #1

(Je bien entendu vos remarques et tâcherai de me relire plus souvent avant de publier. Le français est élastique, chacun tire de son côté.)



              J'aime bien de temps à autre me lancer à la quête d'entrepreneurs noirs sur la toile. C'est un passe-temps qui découle de mon intérêt pour l'entrepreneuriat. Car il n'y a pas qu'Hapsatou Sy (Ethnicia), Malamine Koné (Airness) ou encore Mohamed Dia (Dia/ Dia 7) pour ne citer que les plus connus. Je m'intéresse aux entrepreneurs noirs en particuliers car c'est encourageant pour nous jeunes de se rendre compte que de plus en plus de noirs entreprennent au sens formel du terme, c'est-à-dire avec des études de marché, business plan, plan marketing et tout ce qui s'ensuit. Entre nous, on a beau être bien dans son épiderme, quand survient le moment de trouver un stage par exemple, on ne peut s'empêcher de se demander si notre couleur de peau ne va pas nous rendre la tâche plus difficile ou si notre nom ne va pas sceller notre sort en avance. Mais ça, on se garde bien d'en faire part à nos collègues car, ils nous accuseraient vite de voir le racisme partout. Ainsi, la prolifération de PDG noirs va non seulement contribuer à nous procurer plus d'assurance, mais également à motiver ceux et celles qui se résignent à entreprendre telles études pour les raisons précédentes. 
              J'ai commencé par le plus simple en me penchant sur les entreprises qui ciblent exclusivement, ou du moins majoritairement les personnes noires. J'ai donc d'abord jeté mon dévolu sur le marché du cosmétique et des produits capillaires.

             D'ores et déjà, je tiens à dire combien je fais une overdose de tous ces noms de marques/ entreprises - et ce quel que soit le domaine - qui emploient les radicaux/suffixes "ethno/ethni/ethnik/afro/afri/Afrik/black" et j'en passe. Je suis parfaitement conscient que le nom d'une marque se doit d'être suggestif mais de grâce, faites preuve d'un peu plus de créativité et surtout, ne confondez pas suggestif et descriptif. En revanche, je plébiscite fortement les entreprises qui optent directement pour des noms africains ou afro-antillais comme c'est le cas pour l'espace de beauté Nayenka ("Cadeau de Dieu"). Le nom est audible, mémorisable, facilement prononçable et agréable à entendre. Qui plus est, il suggère mais ne décrit pas, qualité majeure d'une marque: plus la marque s'éloigne du produit, plus elle a des chances de s'adapter. On a là une formule gagnante et les visuels - de qualité - de la marque évoquent le caractère "multiethnique" sans tomber dans la démagogie. 



Page d'accueil du site www.nayenka.com 

               Et si le fait que le menu soit en bas sur le site rende la transition entre les pages quelque peu "brutale", la simplicité de l'e-shop - que je trouve particulièrement soigné - inspire la qualité mais aussi, très important, la sécurité. Seul petit bémol: le fait que la rubrique "Actualités" ne soit pas alimentée, ne serait-ce qu'une fois par mois. Personnellement, lorsque je tombe sur un site dont l'actualité remonte à plusieurs mois, je me dis que le webmasteur/gérant est en vacances et que le service clientèle ne me répondra certainement pas... Mais le choix du mot "Actualités" plutôt que de "blog" est déjà plus que judicieux. En effet, le blog d'entreprise est un outil marketing à double tranchant. Il est fortement recommandé pour les nouveaux e-commerçants et e-commerçants de niche mais il vaut mieux ne pas en créer un que d'en créer et de ne pas le mettre à jour. Et s'il aide au référencement, il convient de garder une certaine cohérence quant à design.  Il n'y a rien de plus désagréable que de cliquer sur "blog" et d'atterrir sur une plateforme pauvre en design et en contenu (ce qui malheureusement est fréquent). La meilleure intégration que j'ai constatée jusqu'à présent est chez Clarisse de Bellebene avec qui je travaille souvent. 


Page d'accueil du site www.bellebene.com


          Bien que n'étant pas de la cible, j'ai tout de suite accroché avec la formule de Bellebene qui me rappelait un des e-commerces qui fait figure de modèle pour moi, à savoir Archiduchesse. Ce n'est pas un hasard si le blog fait office de pivot central à la boutique puisque bellebene est parti d'un blog avant de se décliner en modèle économique comme l'explique Clarisse. Le site de Bellebene est simplement sophistiqué. Il répond aux attentes de l'internaute quant à sa structure très bien pensée et à sa navigation aisée. De plus, Clarisse a réussi là où beaucoup échouent: adopter des couleurs chaleureuses qui évoquent l'Afrique sans que le résultat ne soit immonde. En outre, certains détails comme le numéro du service clientèle bien visible et la disposition de son bas de page rassurent le client et dénotent un véritable professionnalisme. Et si son gros plus reste bien évidemment ses fameux afro-academy, j'ai été agréablement surpris de découvrir les publicités bellebene dans les encarts des annonces Google  jusque là occupés par les pubs pour les gammes destinées aux "peaux noires et métisses" des grandes marques comme l'Oréal. On saluera également les différentes actions marketing, tels que les jeux concours où l'association avec des blogueurs et blogueuses - dont moi(oui y a quoi ?). Dans la foulée, j'ai découvert plusieurs e-commerces qui suivent la même rigueur dans leur démarche. 


Assireni (elle est belle en Soninké) est un boutique en ligne destinée au soins bio et naturels pour le bien-être de toute la famille (je n'ai fait que recopier). Elle a été fondée par Valeriane Dauphoud-Eddos. 


Du nom d'un royaume tchadien, OUADAÏ est une gamme de cosmétiques entièrement certifiée BIO* (sauf accessoires) qui propose des produits de maquillage, des soins corps et visage. La société a été fondée par Flora N'Godioh, une française d'origine tchadienne.
(Petit bémol sur le design du blog tout de même).


www.amenaide.com
Fondée par une jeune antillaise, Stéphanie Renie-Desquins, Amenaïde, du nom de son aïeule à qui elle la dédie, est une gamme de produits capillaires pour cheveux fragilisés.


www.boutique.noireonaturel.com
Créé par une guadeloupéenne, Karambole, Noire ô naturel est une gamme de produits capillaires et biologiques pour cheveux crépus, frisés et bouclés. 
Je ne vous cache pas que je me suis quelque peu perdu sur la page d'accueil du site, d'où le fait que je ne pointe ici que l'e-shop.


Gillette Leuwat, camerounais d'origine, possède son institut de soin spécialisé dans le soin et le traitement naturels des cheveux capillaires. J'ai littéralement été subjugué par la qualité du site web, de même que celle des visuels et notamment du Lookbook. Il me tarde de voir ce que la boutique va donner.

KORYN' HAIR Société specialisée dans la vente par correspondance de Tissage bresilien de haute qualité. Il a été fondé par Clarissa DIANGANA. Pour la petite anecdote, j'ai découvert l'entreprise grâce à un flyer qui traînait dans la chambre de ma soeur et j'ai été intrigué. Et vu les sites qui viennent en tête pour la requête "tissages brésiliens" sur Google, force est de constater que ce site sort clairement du lot.  


              L'un des points communs pour certaines de ces entrepreneuses, outre le fait qu'elles soient noires est qu'elles ont compris l'importance d'un blog d'entreprise. La femme noire dépense en moyenne plus que les autres femmes, que ce soit pour ses propres cheveux ou  pour des extensions. Mais si elle est particulièrement attentive au  rapport qualité/prix concernant les extensions, les achats sont plus impliquant concernant les produits pour cheveux crépus et, la variable prix est reléguée en dernière position dans les préoccupations. Ainsi, en termes de chiffres d'affaires, avec l'essor du phénomène des "nappy", le marché du cheveu crépu représente à lui seul un marché immense en devenir, du moins en Occident, je ne sais pas ce qu'il en est sur le Continent. Mais si le marché se veut encore oligopolistique, pour le pénétrer, il faut justifier d'une expertise en la matière, autrement dit, montrer qu'on dispose d'une solide connaissance sur le cheveu crépu. Et le faire par le biais d'un blog est l'un des moyens les plus pertinents, mais pas seulement... Je suis par exemple persuadé qu'à partir d'une certaine popularité, une auteure de podcast vidéos pour cheveux crépus  -une nappy influente donc -peut se permettre de créer son commerce et faire concurrence aux distributeurs actuels dans sa communauté. D'où l'intérêt pour ces derniers de développer des partenariats avec les nappys influentes. 
               D'autre part, toujours concernant le cheveu crépu, il convient de sensibiliser les acteurs du marché - du moins, ceux qui visent au-delà de la communauté dite 'nappy' - sur le caractère de leur message. Dans la mesure où la cible est la femme noire dans sa globalité, l'intérêt ici est de convertir les prospects en clients effectifs, autrement dit, à emmener les femmes qui se défrisent systématiquement/ portent des tissages à davantage prendre soins de leurs cheveux crépus. Pourtant, le message, tel qu'il est souvent énoncé peut provoquer l'effet inverse et paraître agressif pour cette part - non négligeable - de la cible. En effet, qu'appelle-t-on exactement "naturel"? C'est le fait de ne pas arborer d'artifices, certes, mais,  pour la gente masculine et bon nombre de femmes - noires comme blanches - le mot "naturel" évoque D'ABORD une femme sans maquillage. Ainsi, une femme qui porte un tissage se considérera comme naturelle une fois démaquillée.  Alors l'emploi à tout va du mot "naturelle" entraîne vite l'amalgame et la consommatrice peut faire la confusion entre l'argument esthétique et l'argument idéologique. Or, il n'y a rien de plus frustrant pour les consommateurs que d'avoir l'impression qu'une entreprise/marque leur donne des leçons de morale. Le fait d'utiliser des slogans tels que "aime ton cheveu", "soit belle naturellement"  ou encore de diaboliser les défrisants va davantage oeuvrer à stigmatiser une partie de la cible qui va en tenir rigueur quant à l'image qu'elle aura de l'entreprise. C'est ainsi que le géant Diouda a compris qu'il était important ne laisser pour compte aucune partie de sa cible et prodigue par exemple des conseils pour l'entretien des tissages. L'artifice n'étant pas l'apanage des femmes noires, la finalité n'est pas de les emmener à ne plus se défriser/porter des tissages mais plutôt de ne plus le faire 360 jour sur 365 en prétextant un gain  de temps alors que dans les faits, elles passent toujours autant de temps dans la salle de bain.




Diouda (vient de "D'ici ou d'ailleurs) fait figure de géant dans la distribution de cosmétiques et produits capillaires pour personnes noires et métisse. Il a été fondé par Monique, Myriam et Karine, trois femmes d'origines antillaises et africaines. En ce qui me concerne, je ne connaissais absolument pas la plateforme et j'ai été admirablement surpris. 


Bien entendu, j'ai dressé une liste de quelques sites parmi d'autres. Si vous en connaissez qui suivent la même rigueur, je serais ravi de les découvrir, dans quelque domaine que ce soit. Je tenais également à saluer deux initiatives dont je suis l'évolution de près: Afrodytes (Avis sur les produits de beautés et salons de coiffure afros) et Africavenue (Annuaire de bonnes adresses afro en France).

10 commentaires:

  1. Les grands esprits se rencontrent!
    Imagine un peu ma surprise ce matin quand j'ouvre mon lecteur RSS et que je tombe sur ton article! J'ai mis en place ce week-end un questionnaire sur mon blog afin de mieux cerner les attentes des femmes et des hommes noirs et métissés.

    Ton dossier est très intéressant j'y apprends 2 3 trucs. Le reste par mail...

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  2. @ PYvan
    Ah Ben voilà! je viens à l'instant de t'envoyer un mail où jte demandais de te rapprocher de Blingcool et je vois que c'est fait!

    @ BlingCool,

    Super article qui brosse un assez joli portrait du paysage de l'e-commerce en cosmétiques afro. Même si beaucoup de sites ne sont pas mentionnés. Je crois que les plus intéréssants y sont. A mon avis, le plus gros obstacle reste l'incapacité pour les entrepreneur à lever des fonds et à s'entourer de bonnes personnes. Du coup, très peu voient vraiment grand et sont clairement engagés dans une stratégie de croissance. Du coup, beaucoup restent à l'étape du bootsrapping pendant des années: deux ou 3 personnes qui jonglent constamment entre toutes les taches. C'est le cas de Diouda par exemple, qui est le plus ancien à ma connaissance.

    J'ose quand même espérer que les modes de financement alternatifs, tels que la levée de fond communautaire, pourraient créer de nouvelles opportunités. Fashizblack (que tu n'a pas cité) a déjà montré que c'était possible.

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  3. Neo dans un premier temps je me suis concentré uniquement sur les e-commerce de cosmétiques et produits capillaires, d'où le fait que FashizBlack ne soit pas cité ici. Et je t'avoue que tu as raison: beaucoup de sites ne sont pas mentionnés. J'en ai épluché un tas et ceux que je mentionnent sont le résultat de ma sélection sur des critères qui me sont propres comme le design, l'ergonomie, l'histoire du site. Qui plus, il y a aussi mais dont les fondateurs ne sont pas noirs...
    Sinon pour le reste je suis entièrement d'accord avec toi. Et force est de constater que le cas de Fashiz fut bien complexe: ils ont un peu trop surestimé la cible...La levée de fond fut une véritable épreuve.

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  4. Hello,
    Un grand merci pour ton article et le travail que tu fais. Je salue le clin d'oeil à Assireni. Je m'efforce chaque jour de fournir un travail de qualité, de prendre en compte les améliorations. En tant que TPE le chemin est ardu et nous n'avons pas les mêmes moyens, mais la détermination et la motivation sont là.
    A bientôt
    Valériane d'Assireni.com

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  5. Hello blingcool, mon blédard préféré ! Mais tu veux me faire rougir... merci pour cette référence et pour tes remarques dont je prends bien évidement note et qui me font réfléchir.... Il y a une chose que tu oublies cependant... Certains des business cités sont des distributeurs, d'autres des marques, on ne fait pas le meme métier. Deuxio, on a pas tous la même cible... la femme noire est multiple tu sais ! Prends soin de toi et kiffe london !
    Clarisse aka Belle Ebene

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  6. Clarisse,
    Je t'en prie, lorsque le travail est bien fait, on ne peut que plebisciter.

    Sinon, au contraire, je suis parfaitement au courant que la femme noire est multiple et qu'il marques/distributeurs. C'est justement pour cela que je n'ai pas l'impressin de mentionner des concurrents ici car quand on regarde de presm vous avez toutes une cible differente. Toutefois je pense que certaines remarques sont a prendre en compte pour "l'image de marque"/ Communication Corporate qui elle ne vise pas que la cible.

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  7. daamm "oligopolistique", carrement!

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  8. J'allais justement faire la même remarque que clarisse dans mon commentaire précédent; à savoir la différence marques/distributeurs.
    Si les distributeurs n'ont pas nécessairement besoin de "sortir du lot", les marques elles ont de gros efforts à faire en terme de "com" pour vraiment se différencier. Et comme j'ia déjà dit, ça passe par (1) savoir s'entourer et (2) trouver des financements. Même si Bellebene cible un marché de niche, de dernier est tout de même énorme, et le potentiel de croissance est immense. Je rêve de voir un jour marque afro-française globale telle que Softsheen Carson (rachetée par L'oréal), Black Opal, etc.

    C'est marrant d'ailleurs. Parce que lors de mon séjour récent aux USA, les afro-américaines que j'ai rencontré avaient une image ultra positive des cosmétiques afro made in France (l'effet " chic&glamour" de la mode Parisienne), tandis que les afro-françaises pensaient la même chose des produits Made in USA (merci les stars/célébrités us). En clair, des amis américaines de demandaient de leur ramener des produits Made in France tandis que les française de demandaient de leur ramener des tissages made in USA.

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  9. Bonsoir,

    Je suis ravie de faire partie de la sélection d'entrepreneure noir faisant référence dans le domaine des cosmétiques afros en france. Il est vrai que le concept de NoireôNaturel qui existe depuis 2009 repose sur trois piliers : le blog, le site et la marque distribuée sur notre eshop. Bien plus qu'une marque un concept, l'idée était justement de proposer aux femmes noires et métissées (quelle quelle soit, la gamme fort de ses vertus hydratantes et réparatrices convient également au cheveu défrisé comme expliquer dans la FAQ) des cosmétiques bio et labellisés, car trop de marques surfent sur la vague sans aucune transparence ni traçabilité. Je pense en effet que NoireôNaturel, 100% made in France répond à une véritable demande, et l'aventure ne fait que commencer !

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  10. J'aime beaucoup Assireni et Belle ebene chez qui je commandais jusqu'à ce que je découvre l'existence d'une boutique Aroma Zone à 2 pas de chez moi x) Bref.

    Il faut noter aussi que tous ces sites se sont développés avec le phénomène "nappy" sur internet. Le retour au naturel, les blogs d'entraide génèrent de nombreuses demandes (dépenses!!) qui sont favorables à toutes ces entreprises. Je sens que dans quelques années on assistera à un même phénomène avec toutes les créatrices de mode ethnique. Dire qu'il y a 4 ans je ne connaissais que June Shop (en tant que "petite" entreprise de création mode) aujourd'hui il y en a au moins une dizaine. Et c'est tant mieux pour les consommateurs que nous sommes : pour rester compétitives les prix seront harmonisés par les entreprises.

    Et puis il est intéressant de voir que ces entreprises sont le fait de ce que j'appellerais "afro-européen" (pour parler des français ou européen d'origine africaine ou antillaise). C'est un peu une manière de réconcilier leur côté africain (qui les inspire notamment en ce qui concerne la mode ethnique) et puis leur côté européen (puisse qu'ils créent leur propre entreprise qui a l'air de plutôt bien fonctionner et tout le monde sait que lorsqu'on a un travail - qu'on aime - on se sent moins mis en marge de la société).

    Bref je m'écarte du sujet mais tout ça pour dire que j'aime aussi ce développement de l'entrepreneuriat des noirs!

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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