lundi 10 octobre 2011

J'ai un aveu à vous faire.



                Dans mon précédent article « je suis noir mais je ne pourrais pas sortir avec une black », la conclusion se voulait volontairement démagogique, voire même un peu populiste, en particulier avec une phrase : « Non, ce n’est pas normal d’être noir et de ne pas trouver les femmes noires attirantes ». 
                 En écrivant ceci, je savais pertinemment que nombreux d’entre vous percuteraient mais, que seuls quelques le relèveraient et m’acculeraient. J’aurais tout aussi bien pu conclure en avançant que « les femmes noires sont supérieures aux femmes blanches » qu’il en aurait sûrement été de même et l’article aurait été plébiscité de la même manière. Philippe Bouvard disait en ce sens :

              « Ce qui me désespère et me rassure à la fois dans toutes les manifestations du racisme, c’est que la victime n’attend que le moment de devenir à son tour bourreau. »

               Cela me fait d’ailleurs penser à ce texte intitulé « Une femme blanche critique la femme noire...réponse à la suite d'un homme noir» devenu incontournable sur les forums et site tournés « afros » alors qu’en toute objectivité, la réponse est tout aussi raciste que le message d’origine (il s'est abaissé à son niveau). Bon d’accord, nous n’en sommes pas non plus à vouloir établir un apartheid où les rôles seraient inversés mais, force est de constater que même si l’on s’offusque dans un cas de racisme anti-blanc, au fond, on n’en est pas moins rassuré car pour une fois on est du côté du « dominant ». Il y a même ce ressenti où l’on se dit « au moins ils subissent aussi ce que nous, nous avons subi et voient par conséquent ce que cela peut faire ».


               Le fait est qu’aujourd’hui, la majeure partie (et non  la totalité) des personnes noires - je me limite alors ici à la France et la diaspora noire francophone - a ce besoin de voir l’Homme Noir flatté, survalorisé, en dépit « des autres ». Si l’on prend en compte le fait que l’Europe ne rendra jamais à l’Afrique « tout ce qu’elle lui a volé » et « qu’ils » ne «payeront» jamais pour ce « qu’ils ont fait subir à nos ancêtres » - pour reprendre certains termes – c’est là la seule thérapie pour venir à bout de ce que j’ai surnommé le « Complexe de l’Homme Noir ». C’est une blessure que j’attribue à tout individu dont l’un au moins des deux parents est d’origine négro-africaine. Il se manifeste dès lors que l’on prend connaissance de son histoire et surtout à partir du moment où l’on réalise – via le contact avec le non-noir – qu’on est noir, avec tout ce que cela implique. Car si on savait déjà que esclavage et colonisation suscitaient chez bon nombre d’entre nous de la colère, voire de la haine et même une soif de revanche, peu d’entre nous l’admettent mais, il y a aussi un énorme sentiment de honte. Honte vis-à-vis de notre histoire, honte vis-à-vis de nos ancêtres qui, mine de rien, quelles que soient les circonstances, se sont en fin de compte montrés faibles et naïfs. Honte qu’ils n’aient pu nous léguer un héritage plus dense matériellement parlant dans une situation on  ne peut plus aisée. J’irais même jusqu’à dire que, ce que certains africains jalousent aux afro-antillais, c’est le fait de pouvoir s’affranchir de l’Afrique qui va mal. S’ils avaient eu le choix, bon nombre des jeunes de mon âge auraient choisi, non pas de ne pas être noirs mais, de naître afro-américains, nonobstant du fait qu’ils aient eux aussi une histoire douloureuse car, aujourd’hui ils – du moins les médias – nous vendent du rêve à leur propos. Et aujourd’hui encore, alors que les Etats européens eux siègent sur des nouvelles lois écologiques, les nôtres en sont encore à tenter d'organiser des élections démocratiques. Ajoutez-y à cela que, tandis que certains écoliers Outre-Méditerranée apprenaient qu’un de leurs ancêtres, un certain Bonaparte avait conquis l’Europe continentale, nous, nous devions réciter par cœur que le nom de notre pays – le Cameroun dans ce cas – provenait de l’état d’âme d’un bougre d’explorateur portugais, subjugué par l’abondance de crevettes sur les bords du Wouri. 

          Voilà donc où nous en sommes; même en Afrique, le système scolaire met un point d'honneur à mieux nous enseigner ce qui fait pourtant figure de parenthèse humiliante - à savoir la colonisation et décolonisation - plutôt que de nous briefer davantage sur les anciens empires africains par exemple. Non pas qu'il ne le fasse pas mais, il n’en fait pas suffisamment pour que nous ayons de quoi être fier de notre histoire. Du coup, on se rend vite compte que même ces véhémentes démarches dans lesquelles on crie notre « fierté » d'être africains ne sont qu'une tentative comme une autre pour masquer le poids que cela représente de venir d'un continent qui a toujours été (ou du moins qu'on nous a toujours présenté comme) le paillasson du monde. Aujourd'hui, le savoir est à la portée de tout un chacun, du moins en théorie, et, c'est à chacun de soigner sa « plaie » en apprenant à voir au delà de sa couleur de sa peau. C'est ce qu'une bonne minorité - dont moi - effectue. Mais, ce n'est pas le cas pour la majorité . D'où le fait que, selon moi, la survalorisation de l'Homme Noir n'est plus à remettre en question car, à l'heure actuelle, d'autres jeunes  prennent eux aussi conscience de leur histoire et commencent à cultiver ce complexe tandis que d'autres encore, débarquent du bled et doivent intégrer certains éléments -relatifs à leur couleur de peau - qui n'avaient jusque là pas de poids pour eux. Je suis intimement persuadé que cette mise en avant, quand bien même sectariste (et tout ce que l'on veut), ne pourra que profiter aux générations à venir qui auront désormais des références, quelque chose - même si léger - à quoi s'accrocher et n'auront plus à tenir des débats sur des sujets tels que l'image de la femme noire.

          Vous l’aurez compris, en définitive, mon propos est d’exhorter à une déclinaison version francophone, du mouvement afro-américain « black is beautiful ». En effet, si le « black » est devenu par ce biais beau, il n’en toujours pas de même pour le « noir ». En témoigne, le fait qu’aujourd’hui, il est encore monnaie courante d’employer le terme « black » comme un euphémisme pour dire « noir », considéré comme péjoratif.

21 commentaires:

  1. "force est de constater"au lieu de "forcé de constater" non? à moins que l'on puisse dire les deux, mais ça me perturbe quand même un petit peu ^^

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  2. Et bien pour te dire, je l'ai encore changée cet après-midi tellement j'ai un problème avec cette expression. Mais je pense que tu auras le mot de la fin =).
    Merci à toi. J'aime mieux ça, plutôt que d'autres soient également perturbé(e)s sans le dire.

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  3. C’est intéressant ce que tu écris, la survalorisation du Black en France, est « effrayante » il ‘n y a pas eu de Malcom X ni de Martin Luther King, et l’Hypocrisie du Block/dogme du modernisme Occidental est plus frappante en France pour les noires ici, ils peuvent voir en direct les interventions/agissement de "leur" France ex : Opération de la Licorne en 2006 en Cote d’Ivoire (France-A-Frique) et ++...

    En France, Il n’y a donc pas eu de leader légitimes et d’héritage comme chez les Afro-Américain qui ont permis aux d’entrer par la grande porte à la table du dogme Anglo-Saxon/Américain.

    Cette survalorisation pour se sentir exister, peut être remis en question…Il y à qu’à voir l’attitude d’autres peuples vivant également en France, les asiatiques : Viet, thaï, Cambodge ….

    C’est peut être pas une « chance » pour le Noire Français d’entrer dans le dogme du modernisme Occidentale et surtout de cette manière si « superficiel »

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  4. J'ai pas saisi la teneur du message de "Annonyme"...si tu repasses par la pourrais-tu reformuler ton post plus clairement stp ?

    Quanà à la dernière phrase de l'article :

    « au moins ils subissent aussi ce que nous, nous avons subi et voient par conséquent ce que cela peut faire »

    Perso ce racisme anti-blanc me fera toujours doucement rire. Les blancs n'ont, de la part des noirs, jamais et ne subiront jamais le même racisme qu'ont pu subir les noirs. Et je parle là du racisme ancré intégré dans une religion, dans la science, dans la littérature,...pck même la science certifié qu'on était des sous-hommes, moins que des chiens. Bref le racisme anti-blanc est une bonne blague à côté de celui qu'ont pu subir nos ancêtres. Et quand je dis ancêtres certains massacres ne sont pas si lointain que ça... Alors c'est pas un "sale blanc" qui va faire pencher la balance. J'ai presque envie de dire que c'est un racisme de réaction.

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  5. @Anonyme
    C'était dur mais je pense avoir réussi à saisir où tu voulais en venir. Seulement, nous ne sommes pas les afro-américains. Nous disposons déjà d'un bagage historique conséquent et c'est le fait que justement le système scolaire africain ne le présente pas comme tel que je déplore. Cette survalorisation, quand bien même superficielle permettra à certains noirs de se rendre compte qu'ils ont de quoi être fier et les orientera davantage vers leurs histoire. Tu remarqueras par exemple qu'il plus de citer le nom de Martin Luther King plutôt que celui de Thomas SANKARA pour un africain...

    @Melween
    Le racisme, quand bien même de n'en reste pas moins du racisme. Que veux-tu faire? As-tu choisir de naître noire (ou métisse)? Tu aurais tout aussi pu naître blanche, qu'aurais-tu alors fait? Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes TOUS des hommes.

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  6. Blingcool

    T'as pas du tout compris ce que je voulais dire ou alors t'as bien compris et t'essaie de minimiser le truc.

    Je recommence :

    tu dis : "au moins ils subissent aussi ce que nous, nous avons subi et voient par conséquent ce que cela peut faire"

    Mais c'est quoi le racisme anti-blanc ? Il est où ? Il se traduis comment ? Par des "sale blanc" balancé par des pauvres types par ci par là ? Et c'est ça que t'appelle "subir aussi ce que nous avons subi" ? Sérieusement ? Le racisme contre les noirs c'est des siècles de haine viscérale justifiée, à l'époque, par la scientifiques, les hommes de religion, les écrivains... (tout un tas d'hommes dont on nous fait d'ailleurs les éloges tout au long de notre scolarité, mais bon ça c'est autre chose).
    Et encore ajd le noir est l'être humain qui est le plus dénigré de par le monde. Y'a qu'à voir au brésil où plus t'es foncé, plus t'es au bas de l'échelle est méprisé par les autres, alors que le brésil c'est soit-disant le paradis du métissage. Enfin bref...
    Donc le racisme anti-blanc pardon mais heu...voilà quoi.

    Rien à voir avec le fait que j'ai pas choisi ma couleur quand j'suis née ! Je constate c'est tout.

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  7. J'ai très bien compris. Seulement je constate aussi que ton constat ne nous apprends rien mais contribue à cultiver quelque chose que je ne souhaite pas entretenir personnellement.

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  8. Lol Ha ok, j'sais pas ce que je cultive mais ça à l'air très mal apparemment.

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  9. Bonjour, je viens de découvrir ton super blog, c'est trés intéressant, je viens juste ajouter un petit truc, quand tu parles de : 'Honte vis-à-vis de notre histoire, honte vis-à-vis de nos ancêtres" Moi en étant blanc, je ressens également cette honte envers 'mes ancêtres', et les saloperies qu'ils ont faits! Je m'en veux tellement que cette page de l'histoire ai existée... Mais c'est également des choses qu'on se dois de porter, et de ne pas oublier, même si ça plombe, car le pire serait de faire comme si de rien n'était...

    Allez bonne continuation!

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  10. On en arrive donc à la conclusion qu'il faut une survalorisation du Noir.

    Je suis un petit peu sceptique sur l'idée. Que des individus le fassent, libres à eux; mais cette survalorisation n'aura-t'elle pas pour effet de freiner encore l'intégration collective ? Je veux dire (et ça rejoint un tantinet ce que je disais sur l'autre article) est-ce qu'on ne va pas retomber sur ces excès qui vont nous mettre dans des positions extrêmes ?
    Si on se dit : la seule façon de nous "venger" pacifiquement c'est de nous présenter dans ce que nous avons de beau, est-ce que ce n'est pas la voie royale vers la permanence des tensions entre les races ? Derrière le "Black si beautiful", il y aura très vite le "Black is not to be ugly" ce qui veut dire que bientôt on retombera dans la banalité actuelle qui considère que dès qu'on filme ou montre un Noir en mauvaise posture ou qu'on lui montre qu'il peut être, en tant qu'individu, imparfait, on aura à réagir avec un : "tu es contre moi, donc contre les Noirs, donc tu es le mal".

    L'argument de MelWeen me semble, par ailleurs, très pertinent dans le sens où il montre que la cure que tu proposes n'aura peut-être pas l'effet de satisfaction induite par ton raisonnement. Du coup, non seulement les Noirs ne se vengeront pas de façon suffisante, mais pire, cette vengeance ne leur servirait à rien sinon à renforcer le conflit de Races.

    Je me demande ce que tu vas répondre à ça...


    PS: Désolé, mais je suis accroc aux débats. Je crains pour ton blog qu'il ne se retrouve pollué par mes(futures)interventions. Yako.

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    1. Pas de problèmes =) On va dire que j'ai eu l'habitude qu'on s'en prenne à ma personne/ mon style plutôt qu'à mes arguments et donc débattre (pour une fois) ne pose pas de problème.

      Qu'appelles-tu exactement "intégration collective"? N'est-ce pas la même soupe qu'on nous sert depuis et qui n'a jamais su faire ses preuves? Cette intégration collective est superficielle en ce qu'elle laisse un vide en occultant le fait que certains individus ont un problème avec (pour ne pas dire honte de) leur "background" (histoire) alors que d'autres non. Alors si on souhaite penser le collectif à long terme, il faudrait déjà mettre les individus au même niveau sur ce point. Après que cela aboutisse à des tensions entre les groupes ethnique dépend du processus. Aux U.S.A si c'est le cas des fois (tout comme au UK où je suis actuellement) c'est parce que cela s'est accompagné de certaines mesures comme la discrimination positives et la censure de certains réflexes chez les blancs ( il y a des choses/questions banales en France qui passent pour des propos racistes ici). Or, je ne demande pas quelque chose d'institutionnalisé. Cette survalorisation - comme je l'entends - aura plus tendance à nous redonner confiance plutôt que de nous procurer un excès de confiance. Et crois moi, quand on a confiance en soi, on en est plus chercher la petite bête dans chaque médias (par ex). Je ne pense pas que cela puisse être pire que la situation actuelle, au contraire...Et puis de toutes les manières, ton argument n'est pas suffisant pour maintenir les choses telles qu'elles sont. :D

      L'argument de Melween s'oppose plus à mon propos sur le racisme anti-blanc et ne nous en dit pas plus sur les effets de ma "cure". Il ne s'agit pas de vengeance mais de revanche, on doit apprendre à vivre avec notre passé et à le vivre bien. Et ceci ne se fera pas tant que les livres d'histoire nous enseigneront que colonisation et esclavage sont les faits majeurs de notre histoire...

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    2. Quand je parle d'intégration collective, j'entends une plus facile intégration du Noir en tant que Race (ou groupe d'individus pour faire gentil). J'entends juste que le fait d'être Noir ne soit plus un désavantage pour aucun d'entre nous.

      Ne t'inquiète pas. Je suis un véritable individualiste (dans la méthode de pensée je veux dire); et je considère toujours que les individus sont absolument responsables et qu'il ne tient qu'à eux de s'intégrer totalement ou autant qu'il est possible de le faire. Mais le danger des individualistes c'est d'oublier parfois la part du collectif, chose que je voudrais éviter ici. C'est pour ça que je parle d'intégration collective. Et le fait que des individus subissent cette pathologie de la honte (je crois que le mot n'est pas trop fort) est aussi un problème collectif car il est le fait d'appartenir à un collectif qui est la Race. Là où je suis pour le coup complètement d'accord avec toi, c'est bien dans cette dimension éducative. En effet quand je repense à ce que j'apprenais en classe, c'est vraiment en grande partie cette idée du "nous avons été faibles et avons été victime du GRAND méchant blanc" qui domine. Je conçois avec toi qu'il faille valoriser notre histoire positive et non pas négative. Le problème, c'est qu'il faut aussi que nous sachions notre histoire contemporaine. La colonisation (évènement négatif) tout comme la décolonisation (évènement positif en théorie) sont notre histoire contemporaine. Les Allemands apprennent bien la guerre mondiale; les Français aussi; pourtant, ce ne sont pas des peuples qui ont à s'en glorifier.

      Je reconnais avoir pensé que tu parlais justement de discrimination positive donc à quelque chose de légal dont justement on observe les l'effet d’exacerbation. Là où je me pose la vraie question, c'est en ceci : comment peut-on être sûr que la valorisation qui sera le fait de la société civile et non pas de l'Etat (pour faire simple) ne produira pas le même effet que celle faite par l'Etat ? Je crois pour ma part que la valorisation de quelque forme qu'elle soit mais SURTOUT quand il s'agit de Races et de nations se fait nécessairement CONTRE les autres. Et c'est en cela que je pense que l'on retombera dans ce que j'ai décrit précédemment. Sitôt que l'identité se forge en tant que membre d'un corps qu'il soit social, national, racial, intellectuel etc, elle se met contre ceux qui ne sont pas du même groupe que soit. Lorsqu'on demande à un Noir d'où il est, c'est qu'on préjuge qu'il n'est pas Français. Et s'il se juge comme Noir, il se met contre les Blancs, nécessairement. L'intégration, à mon avis ne se fait pas en valorisant sa race, mais en la sacrifiant en tant que part de notre identité.


      C'est là mon propos.

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  11. Alors, concernant l'histoire contemporaine, je suis tout à fait d'accord avec toi: elle fait partie intégrante de notre histoire et il convient de l'apprendre comme tel. Le probleme survient dans l'importance qu'on accorde à celle-ci et la manière dont on nous l'enseigne comme tu le soulignes. Comme je l'ai souvent dit, la colonisation ne s'inscrit pas dans un "processus normal". On parle de peuples qui se sont levés un jour pour aller en "déranger" (j'aime ce mot parce qu'il résume ma pensée) d'autres. Et à ce titre la décolonisation n'est donc qu'un juste retour des choses à la normale et non une avancée comme on nous le présente souvent. Que les allemands et les francais aient fait la guerre, c'est entièrement de leur responsabilité. Je doute que cela puisse avoir le même poids sur les jeunes Européens que l'Histoire qu'on nous a enseignée à nous, jeunes Africains

    Comment expliquer aux jeunes africains qu'aprés l'esclavage, s'ensuit la colonisation et qu'aujourd'hui non seulement les matieres premières de leurs pays sont exploitées par des puissances occidentales avec l'aide de gouvernements plus ou moins soutenus par celles-ci, mais qu'en plus leurs états respectifs sont endettés pour je ne sais combien de temps depuis la décolonisation? Ca en fait trop je trouve.

    Ensuite, "comment peut-on être sûr que la valorisation qui sera le fait de la société civile et non pas de l'Etat (pour faire simple) ne produira pas le même effet que celle faite par l'Etat ?". Vu l'état des choses actuellement, je préfere accorder le bénéfice au doute, pour tout te dire.
    Cette valorisation dont je parle, dans les faits, se comprend comme un regain légitime d'estime envers nous mêmes. Il est vrai que j'ai pris l'exemple du mouvement "black is Beautiful" mais ce n'est pas tout à fait l'équivalent. Les pères de la négritude soutenaient que la négritude n'était qu'un moyen et non une finalité. La finalité est bien de sacrifier cette part épidermique de notre identité mais, cela ne se fera que si l'on se perd au préalable dans notre négritude.

    Je pense avoir saisi où tu veux en venir, et te renvoie (une fois de plus) au dernier paragraphe de cet article http://www.blingcool.fr/2011/12/leave-fatou-alone.html et surtout, au commentaire que je fais pour répondre à "Notabene" (5eme en partant de la fin).
    Je pense surtout que notre objectivité n'est pas adaptée à la majorité...

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    1. Je ne te suis pas à propos de la décolonisation comme "retour des choses à la normale". En tant que nous avons été en contact avec une autre civilisation, nos propres sociétés ont été transformées comme jamais et elles ne reviendront plus jamais en arrière. Ensuite, la décolonisation me semble une avancée dans le sens où elle résulte d'un mouvement de volonté, de désir d'être libre. Ce fut très mal fait, indéniablement. Je crois que ça n'est pas le sujet.

      Quand je te dis que les Allemands (en particulier) n'ont pas à être fiers de la seconde guerre mondiale, c'est dans le sens où ils avaient comme une honte d'en avoir été la cause et surtout d'avoir agis contre les Juifs de la façon qui fut la leur. Les Allemands me semblent par ailleurs un bon modèle. Malgré cette ancienne (et même encore actuelle selon certains) "culpabilité allemande" dont parlait Karl Jaspers, c'est un peuple qui travaille au sens noble du terme. Ce qui prouve que peut-être que l'on peut être chargé d'un passé TRES honteux et le reconnaître sans pour autant s'empêcher de progresser. Peut-être aussi est-ce le fait de la présence d'autres volets de l'éducation qui sont plus importants chez eux que chez nous : formation à l'autonomie, libéralisme économique etc.

      On en revient sur le même point d'accord: ce qu'il faut nous expliquer, ce n'est pas tant que nous avons été humiliés que le fait que nous avons devoir d'être libres, responsables et travailleurs. Derrière se pose encore la question de la structure politique. Mais ne nous étendons pas jusque là.

      De mon côté, je persiste à croire que la survalorisation quelque soit sa forme se construit contre autrui. Même avec la façon dont tu la définis. La négritude avait en effet comme idée de revendiquer une sorte de belle identité du Noir mais en tant que culture et pas contre les autres races. Je crois que c'est là les limites de cette pensée très puissante dans ce qu'elle voudrait produire mais oubliant, à mon avis, que le retour en soi à l'échelle collective est toujours contre l'autre.

      Cette opposition peut être plus ou moins larvée, plus ou moins insidieuse. C'est d'ailleurs peut-être là qu'on peut échapper à notre opposition. C'est dans la forme du conflit qu'il faudrait jouer. Un conflit qui ne hait pas vraiment l'autre race mais ne travaille qu'à sa propre réussite. Après tout, on peut très bien commercer avec un voisin que l'on n'aime pas...

      C'est bien cette discussion, je vais d'articles en articles. ^^ Je comprends ton point de vue avec l'exemple des Chinois. Seulement, encore, c'est bien un choix d'individus ayant bien compris leur intérêt économique. Le faisons nous seulement nous Noirs d'Afrique ?

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    2. Effectivement la décolonisation n'est pas le sujet. C'était juste pour mentionner que notre liberté (comme bon nombre de notions) sont pré-existentes à la décolonisation. Nous sommes nés libres et la décolonisation n'émanait pas tant de notre volonté sinon d'une réaction naturelle. C'est important de le mentionner, sinon on fait vite l'amalgame indépendance = révolution francaise à la sauce des Etats Africains...Mais passons.

      J'ai compris ton exemple sur l'Allemagne et je suis d'accord. Cependant, je nuance en disant que les allemands sont certes chargés d'un passé (très) honteux MAIS dans une situation actuelle on ne peut plus aisée ce qui n'est pas le cas pour les Etats Africains. Tu me diras certainement qu'ils ont également du se reconstruire mais ce n'est pas tout à fait comparable.

      Ensuite, je ne suis pas d'accord, la valorisation ne se construit pas forcément contre autrui, sinon en dépit d'autrui. Lévi-Strauss estimait d'ailleurs que l'ethnocentrisme précédait à la notion d'humanité (en tant qu'ensemble de toutes les races) et donc que nous sommes d'abord plus à même de priviligier les valeurs et individus issus de notre groupe ethnique. Les expositions universelles, les trentes glorieuses ou encore le siècle des lumières et tout ce qui a contribué à ériger la "race blanche" (pour dire les choses comme ca) au rang de modèle ne se faisaient pas - du moins explicitement - contre les autres races, sinon en dépit de celles-ci des fois. C'est à cet ethnocentrisme, si je puis dire "naturel" que je fais allusion. Ma démarche diffère de l'afrocentrisme qui s'attèle à démontrer un paradigme africain qui rivalise avec le modèle occidental. Je ne dis pas qu'il n'ait pas de paradigme équivalent au modéle Européen, attention, mais que leur démarche est carrément influencée, si ce n'est dictée par l'hégémonie du modèle occidental.

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    3. C'est vrai que l'Allemagne a, à l'heure actuelle, de plus grandes facilités que l'Afrique Noire. Et il peut être juste de dire que l'écart entre nos situation. Je pense que leur atout était d'avoir déjà une civilisation "avancée" à la fois sur le plan technique et social. Donc la reconstruction, partant d'un capital supérieur au nôtre, a dû leur être plus facile que notre tentative de développement. Je soulignais juste avec cet exemple que la honte ne devait pas suffire à freiner nos potentialités.

      Je suis parfaitement d'accord sur le fait que l'ethnocentrisme précède l'humanité. Bergson le remarquait aussi sans forcément se référer à la race mais à la société. Oui l'amour de l'humanité n'est pas quelque chose de spontané; cela se forme. D'ailleurs, que même les civilisations occidentales n'ont pas passé ce cap. Aucune société ne le peut à mon avis.

      Là où je vais t'arrêter, c'est dans la façon dont tu décris le progrès de la Race Blanche. Les exemples que tu cites ont construit la civilisation blanche sans chercher à la valoriser à priori. Les grands esprits pensaient en général pour penser et non pas pour mettre leur culture au-dessus des autres. Mais sitôt qu'ils le faisaient et que l'idée était de faire "briller" leurs civilisations, on retombait toujours sur de l'antisémitisme, du racisme ou encore la haine vis-à-vis des autres nations européennes. Quand les Lumières se sont mises à dire que la civilisation à laquelle ils appartenaient étaient noble, ils en tombaient nécessairement sur la justification qu'elle devait briller sur les autres et donc elle était contre elles. Tellement d'auteurs, brillants par ailleurs, sont tombés dans ce piège. Voltaire (apôtre prétendu de la tolérance pourtant), Marx, Hegel, Wagner... Ils ont haïs les Juifs, les Nègres, les Chinois, les Anglais, les Allemands, les Français. Ils se sont tous haïs à partir du moment où ils ont pensé valoriser leur culture propre. Même Lévi-Strauss considérait, quoique pour d'autres raisons, qu'il ne fallait pas que les cultures se mêlent.Il considérait que par le mélange et l'échange elles s'appauvrissaient et créaient une "culture moyenne sans saveur". Vouloir mettre en valeur sa culture et donc sa Race me semble aboutir toujours à cette chute contre l'autre. Le paradigme européen justement n'existe que parce qu'il est la formation d'une pensée qui s'enrichissait sans vouloir faire briller l'Europe en elle-même. Lorsque Voltaire pense la tolérance, il ne pense pas pour la culture française ni la civilisation européenne; il pense pour l'humain. Et donc, je pense que la vraie puissance Noire ne naîtra que dans la disparition de la conscience d'être Noir. La puissance Noire ne naîtra que quand elle pensera et s'organisera en faisant abstraction de son statut de Race Noire.

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    4. Tu ne m'as pas suivi. Je n'ai pas dit que la valorisation de la Race Blanche en tant que telle s'est faite intentionnellement par rapport aux autres races. J'ai dit qu'elle s'est faite. Je suis conscient qu'à l'époque ils se pensaient en tant qu'hommes et non hommes blancs. Mais ca n'en reste pas moins de l'ethnocentrisme immanent. Ethnocentrisme auquel on devra par exemple l'expression "homme de couleur" (sous-entendu, c'est une version hors-série de l'Homme. Je caricature.)

      Ensuite, la démarche ne peut être la même concernant la Race Noire - à notre Epoque - en ce qu'il y a des antécédents qui ont abouti à ce que le Noir se pense Noir avant de se penser Homme, même si sur le continent Africain, c'est beaucoup plus latent. C'est une résultante que le fait de se focaliser sur l'aspect économique de la colonisation et consort minimise trop. Et pourtant, le raisonnement dualiste (Noir/Blanc) qui en ressort souvent nous empêche vraisemblablement de penser pour l'humain tout court. Alors non, on ne peut plus construire la civilisation Noire sans la valoriser car on ne repart pas de RIEN. Ce sont des variables que les penseurs occidentaux n'avaient pas à prendre en compte, d'ou le fait qu'ils aient pu faire abstraction de leur statut de Race Blanche (sauf pour les cas que tu évoques).

      Et si je n'ai aucune réserve à émettre l'idée d'une valorisation, c'est que j'estime qu'au 21e siècle, il y a assez d'antécédents pour nous éviter de tomber dans les racialisations simplistes de l'époque. La Race Noire ne peut pas comme cela, du statut de "paillasson", faire abstraction de son statut de Race Noire. Il manque vraisemblablement une étape.

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    5. Non justement. C'est là que réside le problème : la pensée qui était "pure" n'était pas un ethnocentrisme immanent dans le sens où elle ne se donnait pas plus de sens par rapport aux autres. Je conviens que toute culture pense nécessairement par rapport à elle-même; mais sitôt qu'elle pense les autres et qu'elle veut se considérer en tant que plus valable (et cela est arrivé des milliers de fois dans l'histoire et arrive encore), elle est contre les autres. Tu me dis que le cas de la Race Noire est différent de celui des Occidentaux. Non. Tous les peuples tombent TOUS dans ce piège. Toutes les guerres et les violences sont le fait de cet ethnocentrisme spontané qui ne fait que nous mettre en conflit.

      Tu me dis que tu considère que grâce au progrès on va dire moral, on est capable de ne pas transformer cette valorisation en conflit. Je crains que non. On ne va peut-être pas chercher à se faire la guerre (en même temps, on n'y a pas intérêt), mais on va se priver de bien des avantages liés aux capacités des autres Races. En se disant "survalorisation du Noir", on aura par exemple comme idée de pratiquer une sorte de protectionnisme économique et culturel; on refusera de commercer avec ceux des autres Races parce qu'on considérera que nous DEVONS mettre en avant ce qui est de la nôtre. Si la Race Blanche s'est développée, c'est avant tout parce qu'elle a su commercer et qu'elle s'est au cours de son histoire approprié les propriétés des autres Races et peuples. Cette capacité d’absorption des autres cultures a fait sa force. Elle a tout pris : la boussole et la cartographie aux Chinois, la médecine et les mathématiques aux Arabes etc etc. Et cela s'est fait parce qu'il y'avait déjà dans leur esprit une sorte d'individualisme bien compris. Les scientifiques cherchent parce qu'ils aiment chercher et non pas parce qu'ils voulaient faire briller leur nation. Et ce pouvoir d'assimilation est la SEULE voie vers le développement. Les Japonais en sont l'exemple type. 200 ans d'autarcie et puis, quand ils s'ouvrent au monde lors de l'ère Meiji, ils se mettent à copier un peu sur tous les peuples. Ils prennent les guerriers américains, les juristes français, les artistes italiens, les industriels allemands etc. Et puis, curieusement, ils sont encore aujourd'hui dans le trio de tête des puissances économiques.

      Il me semble donc qu'il faut deux choses pour faire se développement du Noir : Qu'on enseigne aux individus à penser par eux-mêmes, qu'on leur enseigne à poursuivre leur intérêt sans aucune considération particulière pour la Race ni l'ethnie et deux qu'on encourage le mélange justement, qu'on oublie cette volonté de briller en tant que Noir.

      PS : On a même un exemple d'actualité avec ces victoires du film The Artist. Regarde comment les Français se réjouissent d'avoir battu ces "méchants Américains", regarde comment ils se sentent briller en tant que Français. Ils parlent de "jamais vu pour un film français". Ce qu'ils oublient, c'est que Michel Hazanavicius ne faisait pas ce film pour faire briller la France mais pour son plaisir, pour se faire briller lui-même et même il considère que ce film n'a "rien de français". Je crois que c'est exactement le processus dont je parle. Hazanavicius et Dujardin font briller la France parce qu'il n'ont pas chercher à faire briller la France.

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    6. La Race Noire n'est pas originellement différente des autres. Je persiste à dire que c'était un ethnocentrisme immanent ou si tu préfères "qui allait de soi" mais je conçois que c'est anachronique de dire ça. Tu fais un excellent état des lieux...A l'époque. Depuis, il y a eu le choc des races, la (volonté de) domination de certaines sur d'autres et plus récemment s'est mis en place le processus de "mondialisation". La démarche que tu décris à propos de la Race Blanche s'est faite en majeure partie avant tous ces évènements. Or toi, tu préconises de faire la même démarche...A posteriori de ces faits. C'est un travail BEAUCOUP plus ardu!

      Tu sembles minimiser l'impact des procédés d'assimilation et d'acculturation mis en place durant la colonisation. Or, je pense que c'est là ce qui fait que la comparaison entre Etats africains et Etats asiatiques est souvent malvenue. Je suis d'accord avec toi sur les deux points qu'il faut enseigner mais je suis convaincu qu'il manque une étape et que le faire serait vain pour le moment. Car la majorité a justement besoin de ce protectionnisme économique et culturel. Oui, elle a besoin - comme je le dis dans l'article - d'être mise en avant en dépit des autres races. Je ne dis pas que c'est positif pour nous, mais je constate que peu de personnes sont capables - comme toi - de lire l'Histoire telle qu'elle s'est déroulée, c'est-à-dire sans la racialiser. Les solutions que tu préconises ne scient qu'à très peu de personnes (actuellement). Et ton exemple d'actu est excellent: il montre bien ce que la majorité pense aujourd'hui...

      Et puis quand je parle de valorisation, il ne s'agit pas d'une vulgaire valorisation qui vantera la Race Noire mais par exemple d'une sur-représentation, entre autres. On peut tout aussi bien valoriser la Race Noire sans jamais employer le terme Noir.

      P.S: D'ailleurs, si tu parcoures mon blog en profondeur, tu te rendras vite compte que j'oscille entre les deux points de vue; je passe facilement du "bounty" à l'activiste noir, voire raciste. C'est parce que j'ai compris que certain(e)s ne sont pas prêt(e)s à entendre certaines choses tout comme je ne souhaite pas que ces mêmes personnes tombent dans une espèce de Darwinisme social.

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    7. Je conviens que sur ce point de l'ethnocentrisme, toutes les races, toutes les nations et tous les peuples sont pareils. Seulement, quoique je t'accorde que la situation n'est pas exactement la même, je suis obligé de te dire que l'effet de la domination d'un peuple sur un autre a toujours existé. Les Israéliens par les Romains, les Français par les Romains,les Occidentaux par les Ottomans, les Américains par les Anglais, les Français par les Allemands etc. Ce choc de Races a toujours existé et ce rapport conflictuel aussi. La différence, c'est que la mondialisation ( qui selon moi a commencé depuis les Grecs) existe maintenant comme nouvelle forme de rapport entre les Races et les peuples où on considère (avec raison à mon avis) que l'on a plus intérêt à échanger et à se mêler qu'à se faire la guerre. C'est pour ça que je reste persuadé que ce mouvement doit être suivi et donc que nous ne devons pas tenter cette fermeture ou cette survalorisation.

      Maintenant, tu me dis que peu de personnes sont prêtes à vivre sans cette survalorisation. Peut-être que tu as raison. Certainement même. Mais je considère que ce n'est pas parce que les individus ne sont pas jugés prêts qu'il ne faut pas les plonger dans ce qui à mon avis sera un bien. Je crains qu'en réalité, jamais les Noirs ne soient prêts à se mêler absolument et à se vendre en tant qu'individus et non pas en tant que Noirs. Et puisqu'ils n'y seront jamais prêts, jamais on ne les mettrait en situation de l'être. L'humanité, à l'échelle collective, ne doit pas être considérée comme un enfant qu'il faut protéger du risque de se faire mal temporairement. Non, au contraire, il faut qu'elle soit face à ce qui lui fait peur pour pouvoir l'affronter et se retrouver grandie. C'est pour ça que je suis contre toute forme de protectionnisme incluant celui culturel. Et franchement, je ne suis pas sûr que les conséquences liées au fait de la non-survalorisation soient pires que celles résultant de l'exercice de cette survalorisation.

      Si finalement tu dis qu'on peut valoriser la Race Noire sans employer le terme Noir, alors on se rejoint. C'est même ce que je propose indirectement. Que le Noir existe et agisse en tant qu'individu et qu'ensuite il puisse apparaître comme Noir qui réussit.

      En effet, j'avais remarqué ça (cette oscillation). Et justement cela me semblait curieux. Ne prends-tu pas ainsi le risque d'oublier ce que tu penses vraiment ?

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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