samedi 30 juillet 2011

En Europe on a la montre, en Afrique, on a le temps




Je suis un retardataire aguerri. On a pour coutume de dire que la prise de conscience est une étape essentielle dans le traitement d’un problème. Pourtant c’est tout le temps la même rengaine : je me lève en avance, je prends le temps de me préparer et, pensant que j’ai du temps, je finis avachi devant un épisode de… Dora L’exploratrice, subitement devenu intéressant (Dora et Babouche arriveront-ils à contrer TCHIPEUR ? Suspense !). Ensuite, je cours, je cours après le bus jusqu’à contrattaquer mon déodorant et sentir la transpiration au point où, même les personnes âgées déclinent gentiment mon invitation à s’asseoir. Et là, je me sens mal, je culpabilise même et je me jure de changer. Quel changement ? Je récidive.

Mais je ne suis pas le seul. Beaucoup de mes confrères africains, je dirais même la plupart des mes homologues noirs, vivent avec le décalage horaire de leurs bleds respectifs. Soucieux de se faire entendre, face au blanc qui a voulu instaurer que « 1 minute = 60 secondes », eux ont rétorqué «1 minute = 60 secondes multipliées par le décalage horaire de chez moi ».  Petite mention aux antillais qui viennent quand même des caraïbes, je vous laisse faire le calcul, c’est beaucoup trop mathématique pour moi. Alors, ne vous-y trompez pas, nous sommes bien à l’heure : l’heure du bled ! Après tout, ne dit-on pas que le temps est élastique ? C’est tout le temps le même scénario : vous donnez rendez-vous à un africain, il vous confirme, Inch’Allah – comme on dit en anglais – il a du crédit et vous envoie un message écrit « je suis là dans quelques minutes » ! Seulement, des heures plus tard, vous découvrez qu’il s’agissait d’un message codé qui vous signifiait qu’il allait juste prendre sa douche. Et comme certains sont nés juste avant la honte, le comble reste cette histoire rocambolesque et à peine crédible qu’ils vous cracheront à leur arrivée. Illustration ?

« Gars, laisse-moi te raconter les ways forts (l’histoire de folie) ! Je suis comot (sorti) de chez moi à l’heure et je wakayais (marchais) dans le noir quand j’ai ya (entendu) « TCHOUP » derrière, puis devant moi. J’écar-qui-lleuh les yeux et que vois-je ? (Que voit-il ?) DEUX NIN-JAS ! Deux colosses qui voulaient me nak (tabasser) pour tcha (prendre) mes dos (mon argent) ! J’ai tellement tcham (bagarré) qu’un morceau de ma dent s’est même broke (cassé) et ma chemise s’est déchirée, j’étais obligé de back (retourner) me changer ! Et quand j’arrive à la piole, la mater me ask (demande) de wash (laver) le sol comme les invités vont débarquer ! Je finis de do (faire), c’est maintenant le pater qui me hambok (dérange) pour que je shiba (descende) lui buy (acheter) une carte ! Et quand j’ai même bolè (fini) tout ça, j’étais déjà entrain de recame (revenir) quand Tata rose me call (m’appelle) pour me tell que Michou, sa chèvre est ill (malade) en me suppliant de la bring (l’emmener) chez le vétérinaire ! Je wanda (Je n’y crois pas) ! Tu me connais non ? Si ce n’était que moi, c’est que j’étais là depuis depuis (le doublon marque l’insistance) ! ». 

Quant à la gente féminine, elle mettra tout sur le compte de « se faire belle » et de « s’occuper de ses cheveux » (– quand bien même ceux-ci auraient été achetés –). C’est vrai qu’en extrapolant, les préparatifs chez les africains sont un peu comparables aux sauces africaines : chez le blanc c’est « 5 minutes de cuisson au four micro-ondes », chez l’africain c’est deux heures, louche dans la marmite à tourner en goûtant. Et puis, combien de fois, petit, me suis-je préparé, tout excité, à sortir avec ma mère, qui m’annonçait être là dans cinq minutes, et ai-je fini par m’endormir sur le canapé parce qu’elle a débarqué trois heures après ? D’ailleurs pour certains, une fois mis sur leur 31, s’ensuit la phase d’admiration devant la glace, qui peut même aller jusqu’à l’essayage des pas danses qui vont avec. 

C’est pourquoi avec l’africain il faut toujours fonctionner en trois plans : plan initial, plan B et plan C car les montres, nous on les porte, c’est le blanc qui s’en sert.  Il est primordial de garder en tête que prendre rendez-vous avec un noir c’est fixer l’heure à laquelle il sort de chez lui, voire à laquelle il commence à se préparer (ce qui implique une marge de minimum 1h30  - voir illustration sur ce flyer).
Et si vous êtes de ces retardataires chroniques et que vous vous êtes reconnu(e)s dans ce post, il serait temps, d’une part de réaliser ce que cela engendre pour vous et la considération que vous provoquez à votre égard ; d’autre part de prendre conscience du préjudice que vous causez à l’autre : « J’entends ton invitation et pour te signifier mon acceptation…Je vais te faire poireauter comme un imbécile ». Et surtout, se rappeler que la « ponctualité est la politesse des rois » et que les retardataires sont condamnés – à perpétuité – à rester derrière comme les fesses. 

2 commentaires:

  1. Ah ça, on a vraiment les problèmes avec l'heure. D'ailleurs quand je retourne au bled, on se rend tout de suite compte que la notion du temps est vraiment différente. c'est palpable dans l'air vraiment.

    L'autre jour, la mater a organisé une fête surprise pour l'anniversaire de sa cousine. Elle a donc prévenu les enfants de la fameuse cousine des jours auparavant pour les mettre dans la confidence et arrangez l'heure de rdv à la maison, tout ça. Après lui avoir assuré qu'ils seraient bien là à 20h bien avant l'arrivée "prévue" de leur mère. Le jour J, il s'est passé ce qu'il devait se passer. Leur mère est arrivée et ils n'étaient pas là, effet surprise râtée, deux heures de retard les gens! J'étais trop dépassée, j'ai dit à la mater de dire rdv à 18h la prochaine fois comme ça ils seront bien là à 20h. Tchip

    Je suis une grande retardataire aussi, ou plutôt j'étais car j'ai fait des efforts, maintenant je suis une petite retardataire parce que je sais que c'est lourd et que je ne supporte pas d'attendre des heures quelqu'un à qui j'ai donné rendez-vous! On dit bien, ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse. Alors j'essaie au mieux d'appliquer l'adage.

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  2. AH le coup de l'anniversaire surprise est vraiment compliqué avec les africains, j'en ris encore. Sinon tu as tout compris, si tu veux que les gens soient là à 20H dis leur 18H et tu les verras toquer, frais 20H. Tout le monde est content: eux sentent toujours bon parce qu'ils n'ont pas couru, et toi tu n'attends pas comme un chouagne. Mais bon, dommage qu'on en arrive à cette solution quand même hein.

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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