jeudi 14 juillet 2011

Chroniques d'un Blédard: la dure vie d'un mbenguiste au mboa

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Un Mbenguiste est le nom que l’on donne à un expatrié camerounais (ou africain d’ailleurs) qui vit en Mbeng, la France. Contrairement à ce qu’ils vous laissent souvent penser – moi-même n’ayant pourtant pas mis les pieds au mboa depuis mon arrivée – le retour au pays pour un séjour comporte souvent beaucoup d’inconvénients. Et je ne vous parle pas seulement de la confrontation avec ceux qui en sont encore à dormir devant l’ambassade pour être dans les quatre-vingts premiers à passer pour un visa touristique-mais-je-compte-caler-en-Mbeng. Il faut dire qu’on leur vend du rêve à gogo aussi. Par exemple, tantine m’a raconté qu’une fois, juste après que le pilote ait annoncé l’atterrissage imminent de l’avion, elle a vu la quasi-totalité des passagers troquer les vêtements avec lesquelles ils avaient embarqué pour des vêtements et accessoires de marque (Louis Vuitton, Chanel, Gucci, Versace & co.) ! Il faut soigner son entrée, non ? Après, tout un comité d’accueil vous attend à l’aéroport : famille et entourage, voisins, amis des voisins et les familles des amis des voisins. On vous perçoit comme « un blanc » dès le moment où vous mettez les pieds hors de l’avion.

C’est dans ce contexte qu’un pater (vieux père), fraîchement fringué comme si c’était le jour de son enterrement, débarque à l’aéroport de Nsimalen, à Yaoundé. Devant passer les dernières formalités avant de rejoindre son comité, il fournit comme demandé ses documents à l’agent d’aéroport, connu pour ne pas donner de lait (ne faire aucune faveur) à quiconque part en mbeng ou en revient.   Ce dernier regarde les documents à tort et à travers, en insistant, avant de demander au vieux : « mais, vous êtes sûr que vous êtes camerounais??? » (sous-entendu vous faites plus français que camerounais) !

Vexé, le pater qui s’impatientait déjà depuis tout à l’heure charge comme un rhinocéros et arrache des mains les documents en s’énervant : « MOUF DONNE MOI ÇA ! IMBÉCILE TU VEUX DERANGER QUI ? TU ME CONNAIS ? JE SUIS TON EGAL ? INSOLANT ! TU AS DEJA VU UN BLANC NOIR ? »

Dans ce cas précis, le tonton a réussi à recadrer l’agent, et s’il doutait encore de son caractère de camerounais, ces derniers mots l’ont définitivement convaincus.  Ce n’est pas toujours le cas pour tous les mbenguistes, la plupart ayant oublié une partie des « choses du pays ». Alors lorsque tu es mbenguiste, on dirait que c'est  marqué sur ton visage. Au marché, le tas de mangues peut facilement passer de 100 FRCFA à 2000FRCFA. Et le temps que tu changes de comptoir pour te tourner vers un autre commerçant, une espèce de « kirikou » a déjà été commissionné et alerte tout le marché des augmentations tarifaires.  De toute façon, quand bien même ce n’est pas marqué d’emblée sur ton visage que tu es mbenguiste, tes habitudes te trahiront. Ainsi, parmi les habitudes qui permettent de distinguer un mbenguiste :


  •           Il distribue les « bonjour » et les « au revoir » dans les boutiques, taxis, comme s’il était toujours en France, alors même qu’au bled ils n’en ont rien à faire. Les plus mal élevés le feront savoir en répondant : « c’est ça qu’on mange ? »
  •          N’étant plus habitué à ce que les feux de circulation tombent en panne ou tout simplement à la conduite au bled, il traverse la route aussi vite qu’Usain Bolt
  •           Il attend de presque toutes les portes qu’elles s’ouvrent seules comment dans la plupart des bâtiments publiques en Mbeng

Et j’en passe. L’ironie c’est lorsqu’un mbenguiste pense qu’il a quitté le bled « hier-hier » et que soucieux de se fondre dans la masse pour montrer qu’il n’a pas changé, il fait impasse sur la différence des conditions d’hygiène  et va même jusqu’à boire l’eau du robinet plutôt que d’investir dans une bouteille d’eau de source TANGUY ! C’est comme ça qu’un tel s’est retrouvé cloué au lit. Il pourrissait tellement les toilettes du domicile qui même ceux qui venaient demander l’argent s’enfuyaient en disant « Je préfère encore que ce soit la misère qui me tue » ! D’autres encore misent sur  le style vestimentaire pour cacher leur statut de mbenguiste, mais même les vendeurs à la sauvette et surtout, les feymans (bandits) les reconnaissent bien :

« Je suis rentrée au pays, j’ai put (mis) le kaba (vêtement traditionnel des femmes au cameroun) le plus corro corro (vieux) de mon placard ! Même ma tête faisait négligée, je wanda ! Nessa (n’est-ce pas) me voilà qui tcha (prend) le taxi et qui sat (m’assoie) devant  avec deux types assis à l’arrière ! A un moment mon téléphone sonne, bête comme je suis-je sors l’iphone et je commence à taper les divers (discuter). En plein conversation j’entends derrière moi : « Finis là-bas, tu envoies seulement mon télophone ici la sœur » (pour ceux qui n’auraient pas compris, elle venait de se faire gentiment raqueter).

Mais l’une des étapes les plus difficiles pour le mbénguiste et à laquelle il peut difficilement déroger, c’est celle que représentent les interminables visites pour lui souhaiter la « bienvenue ».  Même les cousins que tu n’as jamais vus parce que vous n’êtes probablement pas parentés viennent te voir. Au mieux ils espèrent avoir une bière, au pire un billet ou « quelque chose ». D’où l’intérêt de soigner ce moment où tu annonces que l’aéroport a égaré la fameuse valise, celle qui contient tout ce que tu es sensé avoir ramené, y compris la chaussure en peau de croco, bout pointu de tonton.  Une alternative serait d’expliquer que les affaires sont dans un conteneur qui arrive dans une semaine, avant d’annoncer qu’il s’est fait piller au port.

Autant d’astuces qui visent à éviter les conflits et passer un bon séjour, sauf si vous recevez ce genre de coup de fil insolant comme ce fut le cas pour une tante :

  • « Heeeeey ma sœur, j’ai appris que tu es rentrée, on va fêter ça ! Je vais venir avec les enfants (4 enfants) rester quelques temps pour te réchauffer
  • Ekié ! je te dis que moi-même je suis descendue avec les enfants, il n’y a même plus de place à la maison !
  • Tu me connais non ? je ne suis pas compliquée, même si on met les matelas par terre, ça ne me dérange pas !
  • -         
  • Si tu veux même je te laisserais les enfants, comme ça ils te réchaufferont » 

1 commentaire:

  1. hahaha j'ai déja récupéré un coorrro phone pour que ça ne me fasse pas mal si on le vole!!! Je soigne mon accent camer...
    Je prépare un post sur mon vol Paris-Yaoundé, c'était hilarant. Ce sont les mbenguistes qui cherchent aussi. Les gens rentrent chez eux comme si ils allaient à la fête.... Normal qu'on les raquette!!

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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