samedi 5 mars 2011

L'anecdote du jour: souvenir de Ledge (village)

Souvenir du Ledge

A l’époque, le village constituait un véritable calvaire pour les citadins en herbe que nous étions. « C’est comme ça et puis c’est tout ! », disait notre père. Fort heureusement, c’était l’occasion de retrouver notre cousin Ponpon, comme toute la famille l’appelait. Ponpon y vivait avec Mbombo (grand-père) et Adada, la femme que Mbombo a épousée après la mort de la grand-mère.

Bien que nous nous apprécions mutuellement au fond, il a toujours manqué cette complicité entre Adada et nous, les petits enfants, et surtout avec Ponpon avec qui elle cohabitait en plus. Pour nous, Adada reste cette femme impassible qui partait cacher ses provisions chez les voisines à l’approche de notre arrivée car, elle savait qu’on allait taper dans  un, deux, voire trois sacs d’arachides en repartant (voler). C’est vrai qu’elle est très chiche (radine), ce qui nous poussait à nous comporter ainsi, un peu comme « Robin des bois ». Chevelure très longue pour une africaine du centre, elle a  une hygiène rigide : j’me souviens encore du « N’gross N’gross » que j’entendais chaque fois qu’elle passait sous la douche le soir. Et pour cause : madame se « frotte » avec cette brosse épaisse et dure qu’on utile au Cameroun par exemple pour laver les jeans à la main. Adada, c’est cette femme pas très joviale avec nous qui faisait mine de ne pas comprendre un mot de français quand on s’adressait à elle, mais comprenait parfaitement lorsqu’on disait du mal d’elle. Championne pour aller nous balancer chez Mbombo qui nous soumettait au régime militaire, elle savait pourtant se lâcher certains soirs. C’était ces soirs où elle rentrait bien éméchée d’une veillée funèbre, avec la ferme intention de nous faire chanter et danser sur des chants traditionnels, ce dont on raffolait (enfin, surtout les filles hein). De plus, elle avait sa manière à elle de s’occuper de nous, quand il le fallait. Je me souviens de cette fois où, après lui avoir dit que j’avais atrocement mal au ventre, elle est ressortie de je-ne-sais-où avec une espèce de gigantesque poire entièrement faite de bois et dont l’extrémité avait la taille d’une manche à ballet, et dans l’autre main des petits piments, ceux-là même qui comme Kirikou sont très petits mais les plus dangereux. Pour quoi faire ? Et bien tout simplement me purger ! Bien évidemment, il était hors de question que tout cela passe par mes fesses, alors en voyant ça, j’ai fui dans tout le village ce jour là, tandis qu’elle criait : « LiiiLYYYYYYYY AAAH ! ZOUK MOU » (Willyyyyyyyyy ah, VIENS ICI !).

Mais l’une des anecdotes qui m’a le plus marqué avec Adada, c’est au sujet de Ponpon, avec qui elle entretenait constamment des relations tendues. Pour Ponpon c’était clair : moins il la voyait, moins il lui parlait, moins il l’apercevait même, mieux il s’en portait.


Au moment des faits, cela faisait des années que nous perpétuons entre mecs un jeu puéril et très vulgaire qui avait le don d’énerver les femmes, et le grand-père quand il nous surprenait. Il faut dire que le jeu en question était « la guerre des pets ». En effet, nous avions pris l’habitude, une fois les corvées quotidiennes effectuées de nous livrer à la dégustation de produits des champs, principalement cuits à la braise. Une sorte de barbecue africain dont les victimes sont les arachides, les ‘prunes’ (au sens de safou), du manioc et surtout du maïs. Ce dernier, une fois grillé, faisait de nous de véritables usines à pets. Le jeu consistait donc à surprendre l’autre et « lui péter sur la gueule » (vous l’avez dit...). On procédait ainsi: tu arrivais devant ta victime, faisais mine de mimer une moto qui s’apprêtait à démarrer en énonçant ces paroles « VROUM VROUM AZékizééééééé ! » et là « praaa praa praa » (ou « prouuut prout »), le pet était sensé simuler le moteur de l’engin.

Un jour, alors que nous avions passé notre après-midi comme décrit précédemment, nous avons pris comme tous les jours le chemin de la rivière à fin d’après-midi. On y allait pour se doucher, et surtout ramener de l’eau à la maison. C’était un parcours périlleux qui représentait des kilomètres de marche en forêt ; prendre la route nous aurait doublé la distance. Quelques fois, les plus malchanceux ramassaient leurs dents après avoir marché sur une mangue pourrie ; d’autres fois, tu pouvais arriver à quinze minutes de la maison, apercevoir la sortie de la forêt grâce à la lumière du jour, et marcher sur une liane qui te valait une chute et donc de rebrousser chemin car ton récipient s’était vidé. Quoiqu’il en soit, ce jour là, nous sommes tous rentrés intacts et en véritable mâles que nous étions, c’était à celui qui s’habillerait le plus vite qu'irait le plat de nourriture le mieux gavé (exception qui primait alors sur la priorité aux aînés). Ponpon, qui avait maintenant la technique nous a battu, et comme nous ne mangions jamais vraiment à table au lèdge (village), il a commencé à manger sans nous. A vrai dire, c’était chacun pour soi, Dieu pour tous à l’heure du dîner, personne ne pouvait vraiment savoir lorsque tel a commencé à manger et a fini. Et ça valait deux fois plus lorsqu’on tardait à allumer les lampes comme ce soir là.

La cuisine, en terre battue contrairement à la maison, est située à un ou deux mètres plus loin de la maison. Construite comme une case, la fenêtre est condamnée ce qui fait qu’on y voit rien dans la journée si la porte est fermée. Et le soir, il est impossible de s’y aventurer sans lampe à pétrole. 
Pourtant, nous étions encore entrain de finir de nous habiller lorsque l’on vit Ponpon, tout excité, comme préparant un sale coup, se précipiter vers la cuisine, non éclairée et où on entendait des bruits de couvert. Quelques minutes plus tard, nous avons entendu hurler : « VROUM VROUUUUM Azékizéééééééééééééééé » et là « praaaaaa praaaaaa praaaaaaaa », un véritable moteur de Caterpillar. Nous nous apprêtions à commenter de loin, lorsque nous avons simultanément fait le même constat comme l’indiquaient nos yeux grands ouverts : tous ceux avec qui Ponpon pouvait se livrer à ce jeu étaient encore dans la pièce. Et de toute façon, au vu de toutes les histoires de sorcelleries omniprésentes au village, le grand-père étant absent, une seule personne n'éprouverait  aucune crainte à manger dans la noir. Nous n’avions pas eu le temps de finir nos déductions que nos craintes se sont confirmées : « BAAAAAAANG BAAAANG @# !§#@#@$#€ NAAPOOOOOOOOOOOOOOOO », un véritable vacarme résonnait désormais dans la cuisine : il y avait des bruits de casseroles, de couverts, et surtout de claques monumentales. Nul doute : quelqu’un se faisait bastonner correctement. Ca m’évoquait ce moment où tu surprends le chien la tête dans une casserole et que tu lui balances tout ce qui te tombe sur la main tandis que lui, essaye de retrouver la sortie. C'est là que nous avons seulement vu Ponpon sortir les jambes en l’air, avec une chasse mouche qui volait derrière lui, exhorté par les cris d’Adada qui ne s’arrêtait plus de gueuler.

Plus de doutes: Ponpon venait bien d’aller faire un vroum-voum-azékizé à Adada en pensant que c’était l’un d’entre nous.

5 commentaires:

  1. aaah beeh dis donc, vous aviez de drôles de jeux!! Tu es donc Eton, ça explique beaucoup de choses...

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  2. LOL, Pas tout à fait Eton, Manguissa, cousins éloignés des Eton qui sont minoritaires ( La langue est encore plus complexe et nous ce ne sont pas 5 mais 4 minutes de folie).
    Quelles choses par exemple ? LOL

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  3. lol tro drole .ca me rappelle aussi kan ns étion au ladje tte la famille,on braisait les mais et les prunes...le bon vieux temps !!!!

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  4. MDRRRR, j'ai l'air bien conne à rigoler comme ça devant l'ordi lol !!!!
    by the way la photo me donne envie d'aller en vacances (mais moi ce serait au senegal :))

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  5. Je suis morte xD ! Pauvre Pompom !

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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