vendredi 3 septembre 2010

Pourquoi j'ai un avis plus modéré sur la «discrimination positive» ?

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Photo: Des sources d'inspirations - Kanye West & Trey Songz

Kanye West, Swizz Beatz & Jay - Z - Power (remix)


Depuis que j’ai débarqué en France, je ne me suis jamais senti aussi noir, c’est un fait quotidien. Pour mieux saisir mes propos, il faut avoir vécu au pays. Mais n’y voyez pas seulement un sens péjoratif. Cela peut tout aussi bien passer par une remarque sur votre accent, une question sur votre culture, une blague sur vos origines ou encore un regard et un sourire lorsqu’on aborde un sujet en rapport avec l’Afrique. Et quand bien même nous nous retrouvons « entre noirs », la probabilité pour que la discussion converge vers « notre situation de noirs en France » est très proche de 1. Bon d’accord ces débats sont assez redondants : on se plaint, on accuse, on s’approuve, on se motive à aller de l’avant, un peu. Mais depuis peu, j’oriente volontairement la conversation vers une comparaison « Francophones/anglophones ». Tous ceux qui en ont fait l’expérience sont formels : fouler le sol anglais vous procure cette sensation qu’aucune porte ne vous est fermée de par votre couleur de peau. Un seul regard dans la capitale cosmopolite qu’est Londres suffit pour se rendre compte : vous verrez des noirs au volant de bolides les plus chers sans que ceux-ci ne soient loués ou le fruit d’un « business douteux » ; demandez donc à rencontrer le directeur d’une grande école et il y a des chances que vous tombiez là aussi sur un noir, sans que cela n’alerte les médias comme en France. Pourtant peut-on vraiment dire que les anglais sont beaucoup moins racistes que les français ? Comment en arrive-t-on là ailleurs mais pas « chez nous » ?

D’après le peu d’avis que j’ai eu dessus, si les noirs en Angleterre en sont là aujourd’hui, c’est surtout parce que ceux-ci ont « arraché » ces emploies. Celui qui accédait à un poste conséquent faisait « croquer » ses « frères » à compétences équivalentes bien sûr. Et c’est ainsi que la société anglaise a dû s’habituer et accepter que les noirs aient les mêmes compétences que n’importe quel autre groupe ethniqu. Mais qu’en est-il en France ? Comme beaucoup, la notion de « discrimination positive » m’a toujours rebuté : travailler dans une entreprise tout en sachant que je ne suis pas là pour ce que je vaux mais parce que l’Etat l’exige. Puis je me suis rendu compte qu’au final j’étais là pour trouver une vie meilleure et que ma priorité pour atteindre mon but était bien entendu d’accéder aux emploies pour lesquels je fais des études. Ne nous voilons pas la face : descendre dans la rue pour revendiquer son « humanité » va au mieux censurer les actes racistes mais ne va pas changer la donne sur le marché dans l’emploie. Il faut à l’heure actuelle prendre le taureau par les cornes et forcer la donne de manière à ce qu’en France « on s’habitue à voir les noirs (je laisse le soin aux autres groupes de parler pour eux) aux mêmes postes que les blancs» de manière à les intégrer au bout d’un certain temps, et sans le consentement hypocrite de l’opinion publique. Dans ce contexte la « discrimination positive » me paraît être à ce jour la seule initiative capable de nous insérer de manière inéluctable dans le système professionnel français, et ce malgré son caractère non pas vraiment discriminant mais drastique. Seulement il y a un hic !

Si demain, en tant que noir en France, vous vous retrouvez à un poste conséquent et décidez de privilégier vos semblables afin de poser les prémices d’une société égalitaire, vous vous rendrez vite compte que les candidats ne font pas la queue. La raison ? Comme une paresse communautaire toujours imputée à un racisme hypothétique. Beaucoup de noirs se sont aujourd’hui complaints dans leur situation et si au Collège, vous étiez aux côtés de Mamadou, Boubacar, Janvier, Dieudonné et autres jeunes noirs, au lycées cela s’est réduit de moitié voir de ¾ si l’on parle de la branche scientifique, et au final vous vous retrouvez seul ou presque dans certaines branches en études supérieurs. Le BEP, le CAP et autres diplômes plus professionnalisant, on les suit non pas parce qu’on a un réel projet professionnel, mais parce qu’on a la « flemme » de suivre des études trop théoriques et surtout parce que l’on pense qu’on y arriverait pas, et que quand bien même ce serait le cas, les portes nous seront très certainement fermées parce que nous sommes noirs.Voilà donc où nous en sommes actuellement en France en ce qui concerne les noirs. Une sorte de pessimisme ambiant qui emmène plus d’un à baisser les bras car il arrive un moment où l’on se dit que ce n’est pas à nous qui nous battons pour notre avenir de sortir « les doigts du cul » aux autres s’ils ne font aucun effort. S’ils veulent se contenter de ce qu’ils ont, qu’ils le font. Pour ceux qui auront le cran de continuer malgré les obstacles, pour ceux qui en auront marre de se plaindre sans jamais vraiment agir, pour ceux qui réussiront à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés (dans la limite du réaliste), on pourra former un réseau qui pourra alors faire office de réelle communauté (avec bien plus de points commun, principes, convictions que la communauté utopique que certains nomment "communauté noire")■

1 commentaire:

  1. Oh je suis tout à fait d'accord sur l'Afro pessimisme ambiant etc. Mais je te trouve aussi très pessimiste dans un sens. Certes, il y a peu de noirs arrivé à un certain niveau d'études, mais il y en a de plus en plus. Les médias entretiennent cette misérabilité. En effet, à chaque fois qu'on parle de noir que ce soit dans les journaux ou la presse féminine, c'est soit pour parler de dealeur, banlieux qui brulent ou femme noir excisé et co'. Je ne dis pas qu'il ne faut pas aborder ces sujets MAIS plus de diversité serait souhaitable. Perso, je viens d'une banlieu, avec des parents immigrés et j'ai fait de hautes études (bac +5) je suis LOIN d'être la seule au sein de ma famille proche, élargie voir même dans mes connaissances ou amis ... Certaines sont en ingénieur spatiale ou en mécanique, avocate etc. Souvent l'allant de soi tend à signifier que nous sommes des exception, bah plus j'avance et plus je vois que c'est faut! Nous sommes beaucoup dans ce cas (majoritairement des femmes) mais nous existons réellement. Je pense que si ce genre de personne était plus mis en avant que les énièmes misère, peut-être que cela diminuerait ce pessimisme ambiant. Car quoi qu'on dise avoir un modèle est motivant!

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Ah, c'est bien, faut pas faire timide comme ça! Merci

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